Le Nouveau Paradigme

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Jeux Olympiques, l’enfer du décorum

Publié par David Jarry - Webmaster sur 13 Février 2014, 14:10pm

Catégories : #Société

Coupures d’électricité, pollution de l’eau, expulsions… A Sotchi et aux alentours, la population locale souffre des conséquences des chantiers olympiques. Reportage dans le village d’Akhshtyr, perché dans les montagnes du Caucase.

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On accède difficilement au village d’Akhshtyr, à 15 km de l’aéroport de Sotchi, via une petite route cabossée par le passage des camions. « Nous pensions que les Jeux Olympiques allaient nous apporter la civilisation… Les déchets, la saleté, le bruit, c’est tout ce que nous avons eu ! », lance en guise d’accueil Alexander Koropov, l’un des anciens du village. L’euphorie des premiers temps a fait place à la réalité. Les quelque 160 habitants de cette bourgade montagnarde ont assisté impuissants à la dégradation de leurs conditions de vie.

 

 

Un village pollué par une décharge de déchets

 

Déçus, en colère, ils pâtissent depuis plus de cinq ans des travaux de l’autoroute et de la ligne de chemin de fer reliant l’aéroport de Sotchi au site olympique de montagne Krasnaya Poliana. Deux carrières ont été ouvertes à proximité afin de fournir les matériaux nécessaires à la construction, ainsi qu’une décharge de déchets de chantier au-dessus du village.

« Les autorités ont confisqué une partie de mon jardin, affirme Alexander. Ces terrains m’appartiennent depuis 25 ans, j’ai tous les documents… Mais je n’ai encore reçu aucune compensation ! En plus, je ne peux plus vendre mes fruits au marché : ils sont couverts de poussière, personne n’en veut. » Sa maison se situe à quelques centaines de mètres seulement de l’« Avto-olimpik » et de la voie ferrée, qui ont coûté 5,7 milliards d’euros pour 48 kilomètres, soit l’infrastructure la plus chère des JO les plus chers de l’histoire (37 milliards d’euros).

Le village d’Akhshtyr a été coupé de l’ancienne route sans qu’aucune rampe d’accès n’ait été construite vers la nouvelle, ni de passage aménagé pour les piétons – pourtant prévus dans les plans fournis par les autorités en amont du projet. Résultat : un détour de plus d’une heure en voiture pour aller à l’école par exemple. Suite aux nombreuses réclamations, un autobus passe prendre les enfants dans le village depuis la mi-janvier.

 

 

Plus d’eau potable

 

Père d’un garçon de 2 ans et d’une fillette de 8 ans, Ilya constate : « Voyez la rue du village : il n’y a pas de trottoirs et les camions passent sans cesse. C’est dangereux, j’ai peur à chaque fois que mes enfants sortent de la maison. » A long terme, le père de famille craint aussi pour leur santé, à cause de la poussière qu’ils respirent et de la pollution. « Un jour, les déchets ont disparu sous de la terre fraîche, raconte-t-il en montrant la décharge. La terre et l’eau de la rivière seront contaminées, à coup sûr. »

Les principaux puits d’où les habitants tiraient leur eau potable ont d’ailleurs été détruits en 2008 à cause des travaux. Suite aux plaintes, un camion vient chaque semaine approvisionner les maisonnées, dans des cuves en plastique. Informé depuis 2009 et pressé par le CIO, le Comité olympique de Sotchi a assuré que ce problème d’accès à l’eau serait rapidement résolu – sans résultat.

En novembre 2010, les autorités avaient ouvert une nouvelle usine de traitement de l’eau, reliée à une pompe. « Elle n’a fonctionné que le jour de l’inauguration ! », assure Lena en maniant désespérément la pompe. L’usine a ensuite été fermée parce qu’elle ne répondait pas aux normes de protection sanitaire, selon une lettre officielle adressée aux habitants. Ceux-ci ont reçu le soutien d’ONG comme Human Rights Watch et espèrent que la mauvaise publicité internationale poussera les autorités à réagir d’ici le 7 février, jour d’ouverture des JO.

 

Source : La Vie

 

A Sotchi, l’écologie mène en prison

En février 2013, sur le chantier de la station de sports d'hiver qui accueille les épreuves olympiques de ski alpin.

En février 2013, sur le chantier de la station de sports d’hiver qui accueille les épreuves olympiques de ski alpin.

Situé sur les hauteurs de Sotchi, le village d’Akhchtyr est privé d’eau, d’accès routier et de transports publics depuis les grands travaux du chantier olympique à Krasnaïa Poliana, la station de ski ultramoderne sortie de terre à quelques kilomètres de là.

Une voie rapide a bien été construite, mais elle ne dessert pas le village. Pour y accéder, les habitants – 120 âmes – peuvent toujours emprunter le nouveau tunnel sous la voie ferrée. Seulement, faute de passage réservé aux piétons, la grand-route est impossible à traverser. A moins d’enjamber les glissières et de prendre ses jambes à son cou pour éviter les bolides lancés à toute allure. Les autochtones ont beaucoup perdu avec la construction de la voie rapide. Leurs puits se sont taris, et la carrière du coin, transformée en décharge, s’est mise à rejeter des boues suspectes dans le fleuve Mzymta.

Lire : A Sotchi, l’acharnement judiciaire contre un militant écologiste

 

Pour avoir critiqué les aléas du chantier de Sotchi, l’organisation régionale Veille écologique pour le Caucase du Nord est devenue la bête noire des autorités. Ses militants ont été poursuivis, chassés, harcelés. Evgueni Vitichko est derrière les barreaux, Souren Gazarian a quitté la Russie, et Ioulia Naberejnaïa a déserté Sotchi pendant la durée des Jeux. Natalia Kalinovskaïa, ancienne porte-parole des expulsés de la plaine d’Imérétie, a pris ses quartiers à Krasnodar (à 170 km de Sotchi), tant elle était harcelée. Les méthodes ? Toujours les mêmes : menaces, écoutes, entretiens « prophylactiques » avec les services.

 

 

« LA FORÊT EST À TOUT LE MONDE »

 

En janvier, Evgueni Vitichko nous avait raconté son histoire dans un petit local loué par les écolos pour leurs réunions, quelque part dans l’arrière-pays de Sotchi. Géologue de formation, passionné par les problèmes d’environnement, « Jénia » – pour les intimes – est l’un des deux protagonistes de l’« affaire de la clôture ». Le dernier feuilleton judiciaire de la Russie « Potemkine » (du nom du premier ministre de Catherine II qui aurait installé des décors de carton-pâte sur le trajet de la souveraine afin de masquer la pauvreté des villages) que Vladimir Poutine met en scène avec les Jeux olympiques de Sotchi.

 

Lire notre décryptage : Sotchi, la luxueuse et la crasseuse

Les ennuis ont commencé pour les écologistes le 13 novembre 2011. Ce jour-là, Evgueni se rend en tournée avec d’autres militants à Djoubga, aux abords du palais d’été du gouverneur de la région de Krasnodar, le tout-puissant Alexandre Tkatchev. Et là, surprise ! La propriété a triplé de volume. Le notable a fait clôturer un large pan de la forêt, domaine public protégé selon la loi, qu’il a intégré à son domaine. Les écolos auraient alors inscrit sur la clôture : « Sania , tu es un voleur. La forêt est à tout le monde » et froissé la tôle. « Cette barrière est illégale, c’est une captation de propriété », dénonce Evgueni Vitichko.

 

Le graffiti va lui valoir une condamnation à trois ans de prison par un tribunal de quartier de Touapsé, le 20 décembre 2013. Il a fait appel. Au moment de notre rencontre, il s’attendait au pire : « Ils peuvent tout à fait m’arrêter dans la salle du tribunal le jour de l’appel et m’envoyer en prison. » Son inquiétude était justifiée. Le 3 février, il a été arrêté et condamné à quinze jours de prison pour avoir « proféré des jurons » en attendant l’autobus. Incarcéré depuis, Evgueni Vitichko n’a pas pu assister à son procès en appel, le 12 février à Krasnodar. Il a dû suivre l’audience par le biais d’un enregistrement vidéo. Un tribunal de Krasnodar a confirmé sa condamnation à trois ans de prison ferme, a fait savoir l’organisation régionale Veille écologique pour le Caucase du Nord.

 

Son collègue Souren Gazarian, condamné lui aussi dans « l’affaire de la clôture », a préféré prendre le large. Depuis un an et demi, ce spécialiste des chauves-souris a reçu l’asile en Estonie. En réalité, Evgueni Vitichko et Souren Gazarian ont été trop curieux, trop bavards. Ils informaient les journalistes, ils n’ont pas hésité à mettre leur nez dans les dessous peu reluisants du grand chantier des Jeux.

 

Quand la Russie remporta la timbale en 2007, il était clair que la région de Sotchi, zone balnéaire vieillotte et dépourvue d’infrastructures, allait devoir passer par une transformation copernicienne pour être à la hauteur. Sept ans plus tard, le pari est gagné, les installations sont prêtes. La plaine d’Imérétie, une ancienne zone marécageuse, s’est muée en un Las Vegas de bord de mer, avec hôtels, arènes sportives et un centre de presse flambant neuf, grand comme quatre fois la place Rouge. Les hôtels de la région affichent désormais une capacité de 40 000 lits.

 

Sotchi, le 26 janvier 2014.

 

Rien à dire, le décor est somptueux, conforme aux dépenses considérables – 50 milliards de dollars (37 milliards d’euros) au lieu des 12 milliards annoncés par M. Poutine en 2007. La corruption n’y est pour rien, il s’agit d’un simple « dépassement des coûts », a précisé le président russe dans une interview à la presse étrangère le 20 janvier : « Pendant les appels d’offres, les candidats à tel ou tel projet affichent des devis très bas pour emporter le marché. Dès qu’ils l’ont en main, ils comprennent que c’est impossible et commencent à faire monter les prix. De telles choses arrivent partout, notre cas n’est pas unique. »

 

Et le premier volet de la série Hors-piste : Les oubliés de la rue des Acacias

Assurément, le nouveau tremplin de saut à skis est unique. Son prix l’est tout autant. « Initialement, il devait revenir à 1,2 milliard de roubles, pour finir il a coûté 8 milliards , tout ça parce que l’endroit ayant été mal choisi dès le départ, sur un terrain meuble, il a fallu débourser plus pour le consolider que pour le construire », affirmait en janvier Evgueni Vitichko. Il n’y a pas eu d’étude des sols ? « Vladimir Poutine avait choisi l’emplacement, il fallait le faire. »

Les écolos déplorent les dégâts irréversibles causés à l’environnement. Malgré l’engagement du « zéro déchets » et autres promesses, les responsables des travaux ne se sont guère montrés soucieux. Décharges et carrières sauvages sont apparues un peu partout, les eaux usées restent encore largement rejetées dans la mer Noire, plusieurs parcs nationaux ont été transformés à la hâte en zones d’habitation ou de récréation dernier cri pas forcément dotées des installations sanitaires adéquates.

 

Vladimir Poutine, son chalet et son hélico

 

Vladimir Poutine a un problème d’accès à son chalet flambant neuf de Lounaïa Poliana, à Sotchi. Erigée au milieu d’une réserve naturelle où la moindre construction est interdite, la résidence devait être reliée par une route, mais son tracé a été abandonné. Le président doit donc se rendre chez lui en hélicoptère.

Le chalet est mentionné au cadastre comme la propriété de la société pétrolière d’Etat Rosneft, détentrice d’une « station d’étude des changements climatiques » à Lounaïa Poliana.

« Toute l’infrastructure sur place est aménagée pour Poutine, qui a plusieurs résidences dans la région. Quand les mesures de sécurité sont draconiennes, ça veut dire qu’il est là. L’espace aérien est fermé, les patrouilleurs surveillent la berge et les avenues principales sont bloquées au moindre de ses déplacements », déplore le militant écologiste Souren Gazarian, depuis son exil en Estonie.

 

Source : Le Monde

 

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A lire aussi JO de Sotchi: hors caméras on extermine les chiens...

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ummite 13/02/2014 15:43


que de contre vérité !!


je ne suis pas pro russe , mais tout de même lancer l'anathème sur une nation qui s'est opposée à l"hégémonie américaine quand même .


si en france , on avais un mec comme poutine, nul doute que la france ne connaitrait pas le martyr qu'elle endure depuis 40 ans .


la france , aurait gardée son intégrité territoriale et ses bijoux  historiques français .


je sais , cela va pas plaire à certains , mais peu importe , c'est la vérité , la france part en sucette depuis que les affairistes ont mis la main dessus depuis 1973 , par un jour de 3 janvier .

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