La colère est-elle saine ?

Chez la plupart des individus, la colère est une expression de sa frustration(1). La colère du zèbre, comparativement aux autres, se situe à son extrémité, ce qui ne signifie pas que la colère du zèbre soit extrême. Quoique, parfois. Sa manifestation pourra être démesurée par rapport à son origine, et c’est bien “ça” le problème, si nous sommes une sorte d’individu monté comme un ressort : à chaque coup de clé que nous recevons par l’incompréhension de l’autre, nous nous tendons progressivement, plus ou moins lentement, jusqu’à arriver à un point de non retour, celui où, d’un moment à l’autre, nous “explosons” sans ménagement, aussi soudainement que l’autre n’en comprendra probablement pas la raison – d’où la nouvelle sensation de ne pas être compris. Ce texte touchera tous les individus, car la colère est unanimement perçue et connue de tous… avec une solution qui se veut circonstancielle et une question fondamentale : la colère est-elle saine ? Oui, si seulement si on la comprend suffisamment pour qu’elle nous donne l’opportunité de la dépasser.

 

 

Pourquoi la colère ?

 

Je vais choquer très certainement mes lecteurs par cette entrée en matière : premièrement, il faut comprendre que le problème de la colère ne vient pas de “soi” en propre, ni de l’autre non plus, même si la colère appartient en propre à celui qui la vit ; deuxièmement, sa base est toujours un déséquilibre entre une attente que nous percevons en nous, et ce que les autres nous transmettent de leur propre attente. Allons plus loin : la base de la colère est un problème de communication entre “soi” et “soi” d’une part, et entre “soi” et “les autres” d’autre part. C’est généralement le cas chez les personnes dites “sensibles” ou “émotives” poussées à bout.

  • Le premier point (communication entre “soi” et “soi”) montre que nous nous connaissons assez mal en réalité (ou que nous croyons bien nous connaître) ;
  • Le deuxième point (communication entre “soi” et “les autres”) montre que nous craignons la perte du sentiment de l’autre à son égard et adoptons généralement un comportement différent de notre nature ;

Le désaccord naît de ne pas avoir suffisamment saisi ce comportement en soi, ni suffisamment compris les implications du changement de notre nature profonde. Je m’explique : si nous comprenions le sens véritable du désaccord en soi et lâchions prise (la clé est là), alors forcément, notre colère seraient moins lourde – mais pas inexistante ; il faudrait, pour que ce soit le cas, que les autres personnes comprennent eux-aussi le sens de ce désaccord et que ce désaccord, au lieu de tendre vers une démonstration de domination, tende vers une solution satisfaisante pour les deux. La colère est donc souvent l’expression la plus virulente d’une incompréhension perçue par celui des deux qui est le plus sensible (dont la bulle psychique est la plus fragile) qui réagit à une frustration. Le fait de s’obliger à changer sa nature ne fait que renforcer les frustrations qui découleraient d’e l’incompréhension réciproque. L’adage ne dit-il pas “ chassez le naturel et il revient au galop “ ?

 

Pour le zèbre, c’est ce sentiment qui mine son esprit, comme une injustice à son égard : lui, généralement, il n’a pas de problème pour se mettre à la place des autres, ni pour savoir ce qui est équitable, ni pour faire des concessions. Si la conversation devient conflictuelle, il va lui falloir s’adapter en déclarant forfait, donc se surpasser dans le sens contraire à la logique d’un échange, pour finir, par dépit, par trancher dans le vif pour “sauver sa peau” (les pensées vont loin parfois…) Cherchez l’erreur.

La colère peut donc facilement être un compagnon de route si on n’y met pas un terme en comprenant avec profondeur l’origine et son fonctionnement. Cela nécessite parfois un accompagnement pour se libérer de ses mécanismes de défenses, mais l’aventure en vaut la peine. Tout dépend “à qui” vous demanderez ce travail qui requière de la compétence et de l’attention.

“Comprendre” permet d’“être conscient” ; “être conscient” donne à réfléchir sur “qui on est”. “Qui on est” assure d’être toujours “soi” en présence des autres. Donc “Comprendre” permet de devenir “soi”.

 

 

L’origine de la colère

 

La colère se répercute sur chaque individu depuis une Origine, dépendante des individus, qui sévit aujourd’hui comme une conséquence de perceptions contradictoires : “soi et soi” versus “soi et les autres” !

Les deux sont intimement liés, mais avec une différence notable : la limite égocentrique. (De manière avouée ou non, chaque personne souhaiterait que le monde soit “comme lui”).

 

C’est un regard que chacun, peu après sa naissance, a dû métamorphoser pour admettre finalement que le Monde ne se plie pas à ses exigences (beaucoup de gens les jugent comme des “caprices” qui demandent une attention et qui reçoivent une sanction.) Il n’y a pourtant qu’une seule manière d’écouter un enfant en lui assurant un espace sans pour autant imaginer qu’il sera “un enfant gâté”. Il faudrait pour cela arrêter de faire des projections pour voir ce que l’enfant exprime vraiment.

En effet, cette limite égocentrique a son origine dans notre Histoire en tant qu’individu, c’est-à-dire, au préalable, dans l’histoire de deux individus distincts devenus à leur tour parent qui transmettent leur connaissance de leur environnement et sur les autres, à travers leur propre regard ou constatation et celui de leur famille respective. On parle alors d’Éducation(2) ! La frustration pose, à ce moment-là, ses premières fondations sur le regard de l’enfant à qui on ne donne pas l’espace nécessaire à son expression, des limites que ses parents estiment comme un héritage familiale(3), et une source de révolte à ce formatage anonyme par l’absence d’égard pour sa personnalité, singulière ou non, zèbre ou pas. Pour beaucoup de parents, l’enfant doit se plier au protocole familial – puis plus tard, aux lois d’un pays. On voit où mène l’absurdité : à la guerre.

Pour le jeune zèbre, ce sera le sentiment de devoir très tôt construire sa vie sans l’aide de personne en développant une stratégie qui s’adaptera considérablement à l’environnement des autres (à cause de ce besoin de reconnaissance inavoué), quitte, au début, à se laisser manipuler naïvement. Sa limite égocentrique lui fait imaginer sans l’ombre d’un doute que les autres sont “comme lui” et il finit par comprendre douloureusement que c’est loin d’être le cas. Rapidement, l’autre est considéré comme hostile jusqu’au moment où il peut réviser cette image à l’adolescence. La conséquence de cette différence d’état d’être assurera le développement de perceptions lui permettant de prévoir le pire avant qu’il ne se produise – question de survie. De la récurrence de ces difficultés naîtra une perception du Monde à travers une perception de soi, perturbée, qui le tirera soit vers le haut, soit vers le bas, selon qu’il se sentira fort ou faible. Car un zèbre est un “équilibriste” – ce qu’il souhaite pour lui, il le souhaite aussi pour les autres. C’est dire la complexité du sujet et sa relative simplicité car plus grande est sa frustration, plus grande est sa colère. Il y a toutes les raisons du Monde d’apaiser son esprit.

 

 

Comprendre la colère

 

C’est probablement une sensation profonde, remplie d’une fureur dévastatrice qu’il semble difficile de toucher ou d’exprimer sans crainte qu’elle blesse quelqu’un ; c’est un sentiment mêlé de peur de ne pas savoir ce qu’il y aura après, une fois que tout sera consumé si jamais on la laissait exploser. Dilemme. Pourtant, il faudra bien lui donner un espace à cette “blessure” et se rassurer parce qu’elle ne nous blessera pas, ni personne. Le problème ne vient pas vraiment de soi. Il ne faut pas tarder à le faire parce qu’elle consume de l’intérieur, comme toutes les pensées que nous ne libérons pas. Il faut s’en convaincre. Ça ira, je vous le promets. Pour moi, c’est arrivé en 2007. J’ai beaucoup pleuré en sentant cette “chose” partir et me libérer. Et ce fut terminé. Le terrain ravagé par les flammes m’a donné l’opportunité de faire pousser de biens plus belles choses ensuite. La colère est utile dans ce cas précis parce qu’elle assainit le terrain des relations.

Sur le moment, bien sûr, elle déstabilise parce qu’elle ne nous ressemble pas ; c’est une extrémité que l’on n'imagine qu’en dernier recours – mais qu’on ne souhaite pas – quand il n’est plus possible de faire autrement, quand plus aucune autre solution n’est possible, où que nous nous sentons “coincé”. Nous sommes à bout. Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est ce qu’il faut comprendre. La réponse se trouve bien souvent dans l’amour que nous offrons par nos attentions, et la constatation par notre observation que cet amour qui est notre plus grande expression de soi est considérée avec si peu de valeur par les autres. Les êtres qui ont du cœur se lassent un jour, au grand mécontentement de ceux qui ont pris l’habitude de nos attentions sans jamais exprimer leurs remerciements. C’est ensuite une grande frustration de se sentir anéanti.

 

De ce vide, doit naître une orientation.

 

Il s’agit maintenant de comprendre le mécanisme et son remontoir, afin que le point de non retour ne soit pas trop souvent atteint – il faut exprimer sa frustration ! Bien mieux encore, il est nécessaire de désamorcer le problème dès qu’il pointe, c’est-à-dire, au moment où nous ressentons de la frustration (un manque, un problème ou quoi que ce soit d’autre). Le but à atteindre est de ne plus se retenir tout le temps pour dire ce qu’on pense d’une situation qui nous touche. Le problème ne vient pas vraiment des autres. la règle des 50/50 s’applique, il ne s’agit pas seulement de se l’entendre dire, il faut l’appliquer ! Nos proches ne nous fuiront pas parce que nous résistons à leurs propos ou autres sollicitudes dont nous avons tant souffert en silence : nous ne sommes pas empathique pour rien ! Il suffit d’en être convaincu pour remarquer les changements.

 

“Dire les choses” telles qu’on les pense devraient être fait de manière naturelle par tous. La base de la communication, dans une conversation, passe normalement par le respect de chacun, dans ses idées, dans sa différence, dans ce qu’il fait ; il faut comprendre le point de vue de chacun et aider à se dépasser celui qui est en difficulté sans pour autant se perdre de vue. Le terrain de la frustration se trouve dans ce terreau nauséabond du manque de considération tenu en présence de l’autre (4). Le manque d’empathie nuit au Monde. Nos perceptions aiguisées doivent être mieux comprises afin de transformer notre entourage par notre manière de fonctionner. Il n’y a rien à imposer, juste d’être soi-même : les changements se produiront à force de les exposer clairement.

 

Il est donc nécessaire de se réapproprier un espace. Cet espace est celui d’individus qui s’expriment : 50 % de soi, 50% de l’autre donc 100% de satisfait. Ce qui donne un espace pour tous orienté vers la satisfaction réciproque. Les personnes qui trouveraient ces propos difficiles à résoudre pour leur cas sont vraisemblablement les plus exposés à cet imbroglio et un chantage affectif. Je leur recommande vivement d’y réfléchir à tête reposée.

 

 

L’énergie de la colère

 

La colère est une énergie dense à tout point de vue. C’est une force qui se matérialise “sur” notre corps énergétique puis “dans” notre corps physique par l’impulsion d’une pensée en puissance (la notre). Elle peut être invisible à nos yeux, mais véritablement palpable sous une main experte, ou visible par une quantité phénoménale de symptômes physiques auxquels il sera parfois difficile de leurs attribuer une origine. En effet, chacun peut éprouver et éprouve de la colère, mais tout le monde ne l’exprime pas de la même manière. Les plus dangereuses manifestations de colère ressenties par l’organisme sont celles qui ne sont pas verbalisées. Ecoutez-vous ! Elles minent le terrain physiologique, organique, et nerveux ! Il est donc nécessaire d’écouter son corps, d’écouter les battements de son cœur, de sentir la pression sanguine dans ses veines ou son état d’énervement, et de s’octroyer un temps conséquent… de trouver le repos.

La colère est saine si seulement si on la comprend suffisamment pour qu’elle nous donne l’opportunité de la dépasser. Elle est malsaine dans la majorité des cas, nuisible pour soi et pour les autres, et polluante pour laisser s’épanouir n’importe quelle relation. La résolution de cette difficulté à vivre les uns avec les autres ne peut donc avoir lieu qu’avec une compréhension mutuelle de l’espace de l’autre. En un mot : philanthropie. Compte tenu que le Monde ne fonctionne pas (encore ?) avec ce type de carburant, il est donc nécessaire de faire des compromis qui auront pour conséquence de penser à soi en premier. Les gens sensibles comprendront.

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(1) Désigne un état mental caractérisé par un déséquilibre entre un désir ou une attente et sa réalisation. Source

(2) L’éducation est, étymologiquement l’action de « tirer hors de ». La question se pose : « hors de quoi ? » De la grossièreté originelle ? […] Jusqu’il y a peu, l’éducation signifiait le rôle dévolu aux parents d’un enfant (ou à leur substitut) d’amener cet enfant aux mœurs de l’âge adulte. Peu à peu, les États se sont arrogés également ce droit. Il signifie maintenant plus couramment l’apprentissage et le développement des facultés physiques, psychiques et intellectuelles. Source

(3) Les règles de cette éducation étaient jusqu’à peu en rapport avec le contexte socio-professionnelle des parents qui tendaient de transmettre leur richesse à leur descendant ; elles sont aujourd’hui pratiquement entièrement placées sous la tutelle de l’État (pour l’apprentissage d’un Savoir, pour vivre au milieu des autres (Loi, code de la route, etc.), ou simplement pour vivre dans cette société (santé, droit de propriété ou de travail)). Une grande part de notre responsabilité nous est retirée et subordonnée par des lois de plus en plus restrictive en terme de liberté individuelle. Pour quel dessein ?

(4) Je me lasse du politiquement correct car cela cache une force plus nauséeuse que l’hypocrisie.

 

Eric T
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