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Le cas unique de grippe A(H6N1) soulève des inquiétudes profondes

Publié par Dav sur 18 Novembre 2013, 13:15pm

Catégories : #Santé

 

 

 

En mai dernier, une jeune femme taïwanaise s’est présentée à l’hôpital pour des symptômes grippaux. Les analyses ont révélé qu’elle était contaminée par un virus de la grippe connu chez les oiseaux mais jamais détecté chez l’Homme : le H6N1. Bien que la patiente soit complètement rétablie, de nombreuses questions restent en suspens et les scientifiques s’interrogent pour savoir s’ils seraient prêts à faire face à une pandémie d’un virus émergent mortel et contagieux.

 

 

Comme si le H7N9 ne suffisait pas… Alors que la Chine fait face à une épidémie d’une forme de grippe jusqu’alors inconnue chez l’Homme depuis février dernier (139 cas, 45 décès), sa voisine et rivale, Taïwan, a constaté en mai dernier le premier cas humain de grippe dû à un virus A(H6N1). Si l’annonce avait été faite en juin dernier, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l’île ont poursuivi l’enquête et viennent d’en publier les premiers résultats dans The Lancet Respiratory Medicine.

 

La grippe A(H6N1) a donc frappé une jeune femme de 20 ans. Le 5 mai, cette patiente commence à se sentir comme enrhumée et fiévreuse. Le lendemain, la fièvre monte alors elle se présente à l’hôpital. Après quelques soins, elle est renvoyée chez elle. Mais le 8 mai elle éprouve des difficultés respiratoires qui la conduisent à retourner se faire soigner. Les rayons X révèlent une infection des voies respiratoires basses, mais les tests disculpent les formes classiques de la grippe ou les autres maladies potentielles connues. Les médecins lui prescrivent de l’oseltamivir (Tamiflu, antigrippal) et la lévofloxacine (Tavanic, antibactérien). Le 9 mai, les symptômes s’atténuent et elle rentre chez elle le 11 mai. Des tests menés le 17 mai révèlent qu’elle est complètement guérie.

 

Si pour cette patiente l’histoire semble s’arrêter ici et qu’elle a pu reprendre son activité professionnelle chez un traiteur, les CDC et les universités locales poursuivent l’enquête. L’analyse par RT-PCR finit par révéler le coupable : un virus de la grippe aviaire A(H6N1). Ce pathogène circule chez les oiseaux depuis 1972, et une souche proche a été détectée depuis 1997 dans les volailles taïwanaises. Mais la génétique révèle malgré tout la présence d’une mutation nommée G228S sur l’hémagglutinine, la protéine de surface qui permet au virus de reconnaître les cellules cibles. Cette substitution confère au pathogène une meilleure affinité pour les cellules humaines.

 

Les oiseaux, et principalement les volailles d'élevage, sont les principaux suspects dans cette histoire puisque le virus A(H6N1) circule chez eux depuis longtemps, bien que la jeune femme n'ait pas le souvenir d'avoir approché un volatile dans les mois précédant sa grippe.


Les oiseaux, et principalement les volailles d'élevage, sont les principaux suspects dans cette histoire puisque le virus A(H6N1) circule chez eux depuis longtemps, bien que la jeune femme n'ait pas le souvenir d'avoir approché un volatile dans les mois précédant sa grippe. © Anna Strumillo, Fotopédia, cc by nc nd 3.0

 

 

Que faire face à une pandémie de virus grippal émergent ?

 

Plusieurs questions se posent aux chercheurs. La première : ce virus s’est-il propagé à d’autres personnes ? Ainsi, 36 des proches de la jeune femme ont été scrutés de près. Parmi eux, 6 ont présenté une fièvre et des troubles respiratoires. Mais dans aucun cas le H6N1 n’a été détecté. De la même façon, tous les cas de grippe sur l’île de Taïwan ont fait l’objet d’une attention particulière. Chez les 125 patients diagnostiqués, jamais le nouveau virus n’a été repéré. Pour l’heure donc, la maladie de cette jeune femme reste unique.

 

La deuxième question qui intrigue les scientifiques est celle du mode de contamination. La jeune femme n’avait pas quitté le territoire taïwanais les trois mois précédents et affirme ne pas avoir été au contact d’oiseaux (sauvage ni d’élevage) depuis au moins un an. Les volailles de ses proches et de ses voisins ont été analysées, et là encore, le H6N1 n’a pas été détecté. Le mystère reste donc entier, et les laboratoires continuent de plancher sur la question.

 

Cas unique ou prémices d’une épidémie ? Les premiers éléments ne permettent pas de répondre. Les scientifiques craignent que le virus grippal, encore peu dangereux, ne mute ou se recombine avec un autre et ne devienne alors plus infectieux. Car c’est finalement l’enjeu du débat : que faire face à l’émergence d’un nouveau pathogène ? Les cas se sont multipliés cette dernière année, avec le H7N9 évoqué plus haut, ou le coronavirus MERS-CoV qui touche le Moyen-Orient depuis début 2012. Par « chance », bien qu’associés à une mortalité élevée, ils sont peu contagieux. Mais les scientifiques seraient-ils prêts à faire face à un nouveau virus grippal à la fois facilement transmissible et souvent mortel ? Là encore, cette question reste sans vraie réponse…

 

Par Janlou Chaput, Futura-Sciences

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