Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 20:44

Par Sophie Chapelle (24 novembre 2011)

Les industries et multinationales semencières veulent rendre les paysans captifs… grâce à la loi. Les députés doivent examiner le 28 novembre un texte instaurant une « contribution volontaire obligatoire » : une véritable dîme sur les semences. Ressemer librement sa propre récolte ou échanger des variétés de plantes deviendra illégal. Soucieux de préserver l’autonomie alimentaire, des paysans et des citoyens entrent en résistance.

 

Photo : source

Demain, graines et semences ne seront peut-être plus libres. Des agriculteurs s’inquiètent d’une proposition de loi votée par les sénateurs le 8 juillet dernier (et que l’Assemblée nationale vient de voter le 28 novembre), et déjà appliquée par décret aux productions de blé tendre. S’ils veulent conserver une partie de leur récolte pour la ressemer l’année suivante (quoi de plus naturel ?), les producteurs de blé tendre doivent payer une redevance appelée « Contribution volontaire obligatoire » (sic). « L’enjeu de cette nouvelle proposition de loi est d’étendre ce mécanisme à tous les paysans, alerte Guy Kastler, du Réseau semences paysannes. Chaque fois qu’on cultivera un hectare, ils prendront un peu d’argent de nos poches pour payer les détenteurs de propriété intellectuelle. » La loi prévoit de considérer la reproduction de semences à la ferme, sans payer cette dîme moderne à leurs « propriétaires », comme une contrefaçon [1]. La récolte pourra alors être saisie.

Qui sont ces propriétaires de semences à qui la « contribution volontaire » sera reversée ? Depuis 1949, toute variété de semence mise sur le marché doit obligatoirement être inscrite sur le catalogue géré par l’Office communautaire des variétés végétales (OCVV), dont le siège est à Angers [2]. Cet office accorde un droit de propriété intellectuelle, d’une durée de 25 à 30 ans, à « l’obtenteur », celui qui a sélectionné cette variété. Les principaux détenteurs de ces « certificats d’obtention végétale » [3] ne sont autres que les grandes multinationales semencières : Bayer, Limagrain, Monsanto, Pioneer, Vilmorin ou Syngenta. Tous réunis au sein de l’Union française des semenciers, qui aurait fortement appuyé le projet de loi.

Rendre les paysans captifs

« Le fait que l’obtenteur soit rétribué pour son travail de recherche ne nous pose pas de problème, explique Jean-Pierre Lebrun, un maraîcher biologique à la retraite. En revanche, nous sommes opposés à ce que ces obtenteurs récupèrent des taxes sur le travail de sélection que nous menons dans nos fermes. » Avec d’autres paysans et des consommateurs soucieux de préserver l’autonomie alimentaire, Jean-Pierre a fait le déplacement à Angers ce 19 novembre pour « débaptiser » l’OCVV, renommé « Office communautaire de la confiscation des semences ». Un geste symbolique qui en dit long sur les menaces pesant sur l’avenir de notre alimentation.

Yves Manguy, agriculteur à la retraite, connaît bien les semences de ferme, ces graines récoltées à partir de variétés sélectionnées par l’industrie semencière, mais multipliées par l’agriculteur lui-même par souci d’économie et d’indépendance. Pour cet ancien porte-parole de la Coordination nationale pour la défense des semences fermières (CNDSF), l’objectif des firmes semencières est clair : « Elles veulent instaurer un marché captif, que les agriculteurs achètent leurs semences et qu’ils n’en fassent plus chez eux. La loi en préparation consiste non pas à interdire complètement mais à restreindre un maximum le droit des semences à la ferme. » Le texte propose ainsi d’autoriser la semence de ferme pour seulement 21 espèces – en échange du paiement de la Contribution volontaire obligatoire – et d’interdire cette pratique pour toutes les autres espèces.

 

« Ce n’est pas la recherche qu’ils veulent rémunérer mais les actionnaires »

Pourquoi cette redevance ? Officiellement, pour financer la recherche. Actuellement, 85 % des sommes récoltées par la Contribution volontaire obligatoire sont reversées directement aux obtenteurs, et 15 % servent à alimenter le Fonds de soutien à l’obtention végétale en blé tendre. « Les objectifs de sécurité et de qualité alimentaire doivent être définis par le public, et non par les seules recherches de profits des entreprises semencières privées », argue la Confédération paysanne. D’après le syndicat, l’application de la proposition de loi entraînerait un prélèvement supplémentaire sur le revenu des agriculteurs français estimé à 35 millions d’euros. « La recherche doit être financée aussi par le public et non par les seuls agriculteurs. Il convient de mettre en place un mécanisme de financement public de la recherche », estime la Confédération paysanne. Le syndicat suspecte l’Union française des semenciers de vouloir d’ailleurs tripler la redevance (environ 3,50 euros par hectare aujourd’hui).

Des carottes illégales et des choux clandestins

Non loin de l’Office communautaire des variétés végétales, sur la place du Pilori, dans une rue piétonne d’Angers, se déroulent les rencontres des semences paysannes et fermières d’Anjou. Ici, des artisans semenciers partagent une même passion, celle de la sélection, de la conservation, de la multiplication et de l’échange des semences. François Delmond est membre de l’association Les Croqueurs de carottes, qui sauvegarde les variétés potagères traditionnelles menacées de disparition. Sur le stand, plusieurs variétés de carottes et de choux rouges sont proposées à la dégustation. Les réactions varient du « surprenante, celle-là » au « celle-ci a un goût de noisette très fort, vous ne trouvez pas ? ». Pour François, ces dégustations sont l’occasion de montrer l’impact des choix variétaux sur la qualité gustative.

« Ce que vous mangez est une variété de carotte illégale car elle a été radiée du catalogue, elle ne respectait pas les critères », explique François à une passante. Entre 1954 (date d’existence du premier catalogue des variétés de plantes potagères) et 2002, 80 % des variétés ont été radiées du catalogue, à cause d’une réglementation de plus en plus contraignante. « Ce que nous voulons, c’est la liberté de faire notre travail en âme et conscience, la liberté du jardinier de semer la variété qu’il veut et la liberté du consommateur d’accéder à des aliments différents. » Une liberté qui contribue à l’augmentation et à la conservation de la biodiversité cultivée, à la réduction de l’utilisation des pesticides ainsi qu’à l’essor de variétés adaptées à leurs terroirs et aux variations climatiques.

Rébellion contre la dîme des multinationales

Une campagne pour une loi de reconnaissance positive des droits des agriculteurs et des jardiniers sur les semences vient d’être lancée par plusieurs organisations. « Les droits des agriculteurs de conserver, ressemer, échanger et vendre leurs semences, les protéger de la biopiraterie et des contaminations par les OGM brevetés, et de participer aux décisions nationales concernant la biodiversité cultivée sont reconnus par le Traité international sur les semences approuvé en 2005 par le Parlement français », rappelle Anne-Charlotte Moÿ, en charge des questions juridiques au Réseau semences paysannes. Or, une succession de règlements européens et de lois nationales conduisent progressivement à leur interdiction totale.

La proposition de loi relative aux certificats d’obtention végétale doit être débattue le 28 novembre à l’Assemblée nationale. Il est encore possible de participer à la cyberaction, qui a déjà recueilli plus de 14 000 signatures, et un rassemblement est prévu devant l’Assemblée. « Il nous faut rester mobilisés, avertit Guy Kastler, afin de ne pas abandonner l’alimentation à quelques firmes multinationales. » Il y a trois siècles, les paysans versaient la dîme ou étaient contraints à des corvées au profit du seigneur local, propriétaire des terres... Aujourd’hui, cette domination s’est déplacée vers les semences.

Sophie Chapelle

Notes

[1] Lire à ce sujet Comment les semenciers tentent d’asservir l’agriculture paysanne.

[2] Pour être inscrites, les variétés doivent répondre à trois critères : la distinction (la variété doit être nettement distincte de toute autre variété notoirement connue) ; l’homogénéité (la variété est suffisamment uniforme dans ses caractères pertinents) ; la stabilité (la variété reste conforme à la définition de ses caractères essentiels après avoir été reproduite ou multipliée).

[3] En Europe, on utilise le terme de « certificat d’obtention végétale », qui protège une variété. Son équivalent outre-Atlantique est le brevet, qui protège l’information génétique contenue dans une même variété. Du coup, il arrive qu’une plante fasse l’objet d’un double droit de propriété intellectuelle...

 

http://www.bastamag.net/article1941.html

B-calendrier-maya-completDav  "2012 un nouveau paradigme"


REAGIR A CET ARTICLE - Voir les 7 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Une propriété intellectuelle sur une semence...

Etant agnostique, ne serait-ce pas à Dieu que les fonds devraient être reversés?!

Ce monde me fiche la nausée. On va passer tout cela sous silence et faire passer cette loi absurde dans le plus grand silence.

Il faut garder la foi... il faut tenir bon...mais jusqu'à quand?!

Commentaire n°1 posté par Feeloow le 06/12/2011 à 21h45

LA CONSOUDE
Symphytum officinalis
Boraginacées

Après l'ortie, j'ai une tendresse particulière pour la consoude. Elle sert à tant de choses, et elle est si peu exigeante ! (photos en bas de fiche et plus dans le "magasin photos")

La consoude est utilisée depuis la nuit des temps, on en a retrouvé la trace dans la nourriture des hommes des cavernes.

Elle est malheureusement tombée en désuétude, mais a connu un renouveau dans les pays anglo-saxons dès le 19ème siècle. Elle sert depuis longtemps à nourrir les animaux : chevaux, vaches, cochons, poules (qui pondent plus et mieux), et même chinchillas !!

La plante peut aussi bien être consommée fraîche que séchée, en fourrage. Sa racine aussi était donnée. Les romanichels la cultivaient là où ils passaient, et retapaient avec de la consoude de vieilles carnes qu'ils achetaient à bas prix, et les revendaient bien plus cher quelques semaines plus tard!!

La consoude va chercher loin ses éléments nutritifs : sa racine, une fois installée, plonge à 1,5 m et même deux mètres de profondeur ! Aucune plante herbacée ne va si loin. Une fois installée (au bout de 2 ou 3 ans) elle ne craint plus rien, mais avant, il faut veiller à ce qu'elle ait un arrosage suffisant, et à lui apporter de l'azote, par exemple sous forme de purin d'orties, et à désherber autour d'elle. Elle aime les terres profondes, du fait du développement de ses racines. Elle est riche en protéines, et bien que l'on trouve dans certaine littérature qu'elle serait riche en vitamine B12, faisant là exception car dans le monde végétal on n'en trouve que dans la spiruline, il semblerait qu'elle n'en contient pas. Elle contient bien des choses, mais pas de la B12 !. Elle fait un excellent engrais, riche en potasse, donc très complémentaire de l'ortie, qui est riche en azote.
Lorsqu'on fait des plantations, on peut prendre quelques feuilles fraîches d'ortie, une ou deux de consoude, les couper en morceaux, et les mettre directement au fond du trou de plantation. Reprise garantie de la plante !

Dans les années 70, un rumeur a été répandue : la consoude serait nocive du fait des alcaloïdes qu'elle contient. Des études ont été faites – s'il était besoin après des siècles de consommation sans souci – et il a été prouvé qu'elle ne nuisait en rien à la santé, ni humaine, ni animale.

Malentendu, ou rumeur délibérée contre une plante qui pourrait être dangereuse pour les lobbies de produits chimiques ? Elle est en effet si facile, si riche, si prospère, elle pousse si bien (de 40 à 100 tonnes de récolte par demi-hectare, selon la richesse de la terre) qu'elle pourrait mettre en péril des gens qui ne vivent que par la chimie... Toujours est-il que même si elle a été officiellement réhabilité, puisque ses feuilles ne contiennent pas plus d'alcaloïdes que les tomates ou pommes-de-terre, il y a toujours pas mal de publications qui la décrivent comme toxique. Attention cependant à la racine, qu'il est déconseillé de consommer régulièrement, car elle contient non seulement beaucoup plus de principes actifs, mais aussi beaucoup plus d'alcaloïdes que les feuilles.
Cependant, dans certains pays comme le Canada, les produits contenant de la consoude sont interdits.

Si vous en achetez des pieds, il faut prendre la consoude de Russie, la « bocking 14 », hybride plus solide et d'un meilleur rapport que la consoude officinale ou sauvage. En effet, la consoude officinale est sensible à la rouille, ce qui n'est pas le cas de la Bocking 14. J'en ai acheté 3 pieds l'année dernière. Ils me font de superbes feuilles !

Pour la consoude sauvage, j'en trouve surtout près de rivières, elle semble aimer l'humidité.

Purin de consoude :

Un kilo de plante fraîche pour 10 litres d'eau (de préférence eau de pluie ou de source).

Hacher grossièrement les plantes. La fermentation prend 15 jours à 18°C. Elle peut être plus longue au printemps, ou plus rapide en été. Ca sent moins mauvais que le purin d'orties !! A utiliser dilué de 5 à 30%, sur le sol, pas sur les feuilles. La consoude s'utilise en particulier pour les plantes donnant fruits ou tubercules. Vous pouvez ajouter à la macération prêle, absinthe, tanaisie, thym, etc. pour y rajouter des propriétés insecticides et désinfectantes. N'oublions pas l'ortie, bien sûr, avec laquelle elle forme un engrais très complet.

La consoude sert aussi à faire de la teinture : Avec feuilles et tiges, avec de l'alun comme mordant, on a du jaune, avec de l'étain du jaune citron, avec du chrome un orange clair.

Les propriétés médicinales de la consoude viennent de l'allantoïne qu'elle contient, qui est un très puissant activateur de croissance cellulaire. Pour cet usage, on préfère la racine, qui en est bien plus riche. Comme on l'a vu précédemment, ne pas abuser en usage interne, mais il n'y a pas de restriction pour l'usage externe, les alcaloïdes n'étant pas absorbés par la peau. Cependant, dans certains pays comme le Canada, les produits contenant de la consoude - même concernant l'usage externe - sont interdits.

La consoude était très utilisée par les nourrices, qui souffraient fréquemment de crevasses aux seins : elles creusaient un trou dans une racine de consoude, et y mettaient leur bout de sein.

Les feuilles de consoude cuites, en cataplasmes, sont depuis longtemps utilisées pour guérir l'eczéma des animaux.

Usage médicinal

Propriétés générales, la consoude est :

Cicatrisante, vulnéraire (guérit les blessures), astringente, émolliente, béchique (calme la toux), rafraîchissante (calme la soif, diminue la température du corps), adoucissante (calme les inflammations), calmante, analgésique, antihémorragique.

L'époque de récolte de la racine est à la fin de l'hiver, les feuilles tout au long de la période de végétation, pour un séchage plus facile avant la floraison. Comme pour l'ortie, on peut en faire sécher les parties aériennes pour utiliser la consoude tout au long de l'année. Pommade de Maria Treben : Couper en petits morceaux 4 à 6 racines fraîches et lavées. Les faire frire peu de temps dans 250 g de saindoux (ou huile de palme), laisser reposer une nuit. Réchauffer le lendemain, filtrer. Mettre dans de petits récipients et conserver au réfrigérateur. Traite les plaies chez l'homme et l'animal.

Ce qui est le plus actif, c'est la pulpe de racine fraîche, en cataplasme sur plaies même infectées, brûlures, fractures, ulcères, entorses, etc.

Décoction pour compresses : 200 g de racine dans 1 litre d'eau, faire bouillir ¼ d'heure. Vu son pouvoir régénérant, la racine de consoude est aussi utilisée pour les soins cosmétiques.

Nutrition

Il y a paraît-il (livre de Bernard Bertrand sur la consoude) un souci avec la consoude officinale, moins avec la consoude de Russie : des passages amers. L'amertume peut arriver d'un jour à

Commentaire n°4 posté par lasorciererouge le 24/05/2012 à 12h25

Un système pour détecter les OGM dans les champs

ogm.jpg

 

Une société du Genopole d’Evry a mis au point une bandelette « magique » capable de traquer la présence d’organismes génétiquement modifiés dans les champs.

 

Il vend son savoir aussi bien aux grands semenciers qu’à Greenpeace ou à la Confédération paysanne. Le docteur Marc Masson, créateur de la société Agdia Biofords, installée depuis 2008 au Genopole d’Evry, le plus grand parc français dédié aux biotechnologies, assume parfaitement ce paradoxe. « C’est comme ça », souffle-t-il. Hier, son système de détection des OGM a été présenté à l’occasion du lancement de la deuxième édition du concours du Genopole ouvert aux jeunes entreprises innovantes.

Cet ancien directeur scientifique de semences potagères du groupe Clause, spécialisé dans la pomme de terre, commercialise des kits de détection des OGM mais aussi de virus, de champignons ou de bactéries. Dans tous les cas, le principe reste le même : une bandelette imbibée d’un réactif spécifique, mis en contact avec les végétaux concernés. « La bandelette a longtemps été considérée comme un gadget, explique Marc Masson. Aujourd’hui, cette méthode est même utilisée pour dépister le sida. »

La technologie est rapide, peu coûteuse et utilisable directement dans son champ par l’agriculteur. Chaque bandelette vaut entre 3 € et 5 €. Elle permet de tester entre 5 et 10 plantes. La réponse apparaît en une poignée de minutes, comme pour un test de grossesse. Le paysan peut savoir rapidement si ses cultures sont infectées ou… si le voisin cultive en douce des OGM. « Le grand semencier peut, lui, voir comment ses recherches évoluent et mieux choisir ses molécules », ajoute Marc Masson.Il existe aujourd’hui une centaine de réactifs utilisés sur les bandelettes. « Nous vendons aussi dans les ports, où beaucoup de semences transitent, et aux éleveurs qui veulent contrôler l’alimentation de leurs bêtes. »

Les bandelettes évitent aussi des traitements non justifiés


Mais la traque aux OGM, encore peu plantés en , n’est pas la seule utilité des bandelettes. « Quand j’étais spécialisé dans la pomme de terre, j’étais énervé quand je voyais des plants malades tout en sachant qu’il faudrait des jours, voire des semaines, pour établir un diagnostic précis », se rappelle Marc Masson. Le cultivateur peut désormais agir plus vite et de façon plus mesurée. Une vigne par exemple implique en moyenne 15 traitements par an, justifiés au non, et autant de résidus dans l’environnement et de coûts.

Via une nouvelle société, Anova-Plus, basée également au Genopole et dans laquelle il espère recruter de 8 à 10 personnes, Marc Masson se concentre désormais sur les champignons. « Il y en a des terribles! » soutient le chercheur.

 

Source: Le Parisien

Commentaire n°5 posté par lasorciererouge le 13/06/2012 à 20h13

La Biodiversité sacrifiée

sur l'autel de la productivité

La Cour de Justice de l'Union Européenne désavoue


Kokopelli et son avocat général

 

Kokopelli31.jpg


La Cour de Justice, par sa décision rendue aujourd'hui dans l'affaire Kokopelli c. Baumaux, vient de donner un satisfecit intégral à la législation européenne sur le commerce des semences.

Pourtant, le 19 janvier dernier, son Avocat Général nous donnait entièrement raison, en estimant que l'enregistrement obligatoire de toutes les semences au catalogue officiel était disproportionné et violait les principes de libre exercice de l'activité économique, de non-discrimination et de libre circulation des marchandises. (V. ses conclusions)

Ce changement de cap absolu ne manque pas de nous surprendre et de nous interroger.

La Cour, aux termes d'une analyse étonnement superficielle de l'affaire, et d'une décision qui ressemble plus à un communiqué de presse qu'à un jugement de droit, justifie l'interdiction du commerce des semences de variétés anciennes par l'objectif, jugé supérieur, d'une "productivité agricole accrue" !

L'expression, utilisée 15 fois dans la décision de la Cour, consacre la toute puissance duparadigme productiviste. Ce même paradigme, qui avait présidé à la rédaction de la législation dans les années soixante, a donc encore toute sa place en 2012. La biodiversité peut donc être valablement sacrifiée sur l'autel de la productivité.

Cela fait 50 ans que cela dure et le fait que ce raisonnement nous ait déjà amenés a perdre plus de 75% de la biodiversité agricole européenne n'y change donc rien. (V. les estimations de la FAO)

Si la Cour mentionne les dérogations supposément introduites par la 0054:FR:PDF">Directive 2009/145 pour les "variétés de conservation", son analyse s'arrête à la lecture des grands titres. Comment les juges n'ont-ils pas voulu voir que les conditions d'inscription des variétés de conservation, dans la réalité, étaient restées pratiquement identiques à celles du catalogue officiel normal [1]? Le critère d'homogénéité, par exemple, particulièrement problématique pour les variétés anciennes, ne connaît aucune modération.

La Cour n'a-t-elle pas lu les témoignages de nos collègues européens, déjà confrontés à des inscriptions impossibles de leurs semences sur cette liste ?

Cette directive est un véritable leurre, que Kokopelli et tant d'autres organisations européennes ont déjà dénoncé, et ne vise pas à permettre la commercialisation des variétés anciennes ni même à conserver la biodiversité semencière.

De plus, cette biodiversité, qui a nourri les populations européennes pendant les siècles passés, est l'objet de la plus grande suspicion. La Cour va ainsi jusqu'a écrire, par deux fois, que la législation permet d'éviter "la mise en terre de semences potentiellement nuisibles" !

Cette remarque est totalement erronée puisque, comme l'avait justement relevé l'Avocat Général, l'inscription au Catalogue ne vise pas à protéger les consommateurs contre un quelconque risque sanitaire ou environnemental, auquel la législation ne fait même pas référence !

Cette remarque, surtout, est choquante, quand on pense que les semences du Catalogue, enrobées des pesticides Cruiser, Gaucho et autres Régent, ou accompagnées de leur kit de chimie mortelle, empoisonnent la biosphère et les populations depuis plus de cinquante ans !

Le lobby semencier (European Seed Association), qui a pris le soin, pendant le cours de la procédure, de faire connaitre à la Cour son désaccord avec l'avis de l'Avocat Général, se réjouit, dans tous les cas, de cette totale convergence de vues avec la Cour. (V. son communiqué et sa lettre adressée à la Cour.)

Nos adversaires directs dans cette procédure, c'est-à-dire la société Graines Baumaux, mais aussi la République Française, le Royaume d'Es

Commentaire n°6 posté par lasorciererouge le 14/07/2012 à 22h21

http://lefirago.overblog.com/doc-du-soir-les-plantes-m%C3%A9dicinales

Commentaire n°7 posté par lasorciererouge le 28/04/2013 à 21h07

facebook-logo-webtreats mail-webtreats youtube twitter-webtreats

   

Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés