Le «Monde Plat», tel qu’imaginé par Edwin Abbott au tournant du 19e  siècle, est une allégorie très intéressante qui, par extrapolation, nous permet d’appréhender en toute simplicité et d’une façon claire et empreinte de gros bon sens certains aspects clés de notre propre univers tridimensionnel.

Écrit dans un style léger, anecdotique et presque enfantin, «Flatland» (de son titre original) demeure une œuvre imaginative, inspirante et unique en son genre. Bien que parue en 1884, elle est à la fois une critique acerbe de nos sociétés contemporaines (misogynes, eugénistes, élitistes, gouvernées uniquement par la raison pure et dure, à faible ouverture d’esprit, etc.), à la fois une excellente réflexion eu égard à la nature multidimensionnelle du monde dans lequel nous vivons.

 

Dans son ouvrage, le Dr Abbott décrit des êtres intelligents dont l’expérience entière ne se borne qu’à une surface plane – c’est-à-dire à un univers ne comportant que deux dimensions physiques – et qui ne disposent d’aucune faculté leur permettant de prendre conscience de ce qui se passe hors de cet univers. L’auteur imagine alors qu’une sphère descend sur la surface du « Monde Plat » et la traverse. Que penseront les habitants de ce phénomène? Ils ne verront pas l’approche de la sphère ni n’auront la possibilité d’en percevoir sa solidité, sa tridimensionnalité. Ils ne seront conscients que du cercle qu’elle forme en coupant leur plan. Ce cercle, vu d’abord comme un simple point, augmentera graduellement en diamètre jusqu’à ce que la moitié de la sphère ait traversé la surface. Ensuite, le cercle se contractera progressivement, redeviendra un point et disparaîtra. L’expérience des habitants de ce monde à deux dimensions sera totalement limitée à leur perception et la nature réelle du phénomène leur aura totalement échappé.

 

Afin de bien comprendre cette perspective restreinte (en termes de dimensions) et d’en tirer quelques déductions, la courte vidéo qui suit servira cette cause à merveille. Carl Sagan aborde le sujet du «Monde Plat», dans le 10e épisode de la série Cosmos, avec le brio qui le caractérise : succinctement, clairement et intelligemment.

 

(la video ici)

De ce court exposé se dégage une conclusion qui devrait être évidente pour tous : ce que nous nommons réalité n’est, dans les faits, qu’une portion de cette dernière, elle n’en est qu’un sous-ensemble. D’ailleurs, il est fort à parier que de là, entre autres, nous vient l’idée immémoriale d’une humanité vivant dans une Grande Illusion, vivant dans la Mâyâ. Car, tout comme les habitants du Monde Plat, nous n’avons aucune conception ni expérience de ce qu’est la réalité vue et vécue si nous y ajoutons une dimension physique supplémentaire : une dimension qui ne soit ni droite/gauche (largeur), ni avant/arrière (longueur), ni haut/bas (hauteur).

 

Il est pourtant admis par la science moderne que non seulement des dimensions additionnelles peuvent exister, mais celles-ci sont même requises pour un bon nombre de calculs et d’explications de la réalité telle que nous la percevons. Prenons l’exemple de la théorie de Kaluza-Klein (la première à tenter d’unifier gravité et électromagnétisme) qui utilise 5 dimensions spatio-temporelles, la théorie des cordes qui en utilise 10, 11 ou 26 ou encore la physique quantique qui œuvre dans un espace de dimensions… infinies.

 

Mais est-ce que ces dimensions supplémentaires ne sont que pures créations de l’esprit?

Tout comme l’explique Sagan, bien que les habitants de Flatland ne perçoivent que deux dimensions physiques, mais qu’ils vivent, en réalité, à l’intérieur d’un monde tridimensionnel, il leur est possible de le déduire par l’expérience : en partant d’un point déterminé et en marchant en ligne droite, sans arrêt, un habitant  reviendrait à son point de départ laissant sous-entendre que son univers est, en réalité, courbe. La question se pose donc : avons-nous, dans notre expérience de la réalité, de quelconques indices nous aiguillant vers la posibilité que notre propre univers à trois dimensions puisse être enchâssé, intégré à l’intérieur d’un univers possédant d’autres dimensions physiques? Je crois que les exemples abondent, même si nous ne les expérimentons pas nécessairement quotidiennement.

 

Les projections géométriques

 

 

 

Tout comme l’exemple de Sagan concernant l’hypercube (le tesseract) dont la projection (l’ombre) nous apparaît – en trois dimensions – sous la forme de deux cubes imbriqués ou encore celle de l’ombre d’un cube apparaissant pour les habitants du « Monde Plat » comme deux carrés imbriqués, notre univers recèle certaines de ces « ombres » à des endroits peu communs. En effet, l’article « Geometric whirlpools revealed » (Les tourbillons géométriques révélés) du 19 mai 2006 de la revue Nature révèle un fait surprenant : faire tourner de l’eau à grande vitesse dans un seau crée une colonne d’air centrale dont la surface sèche (tout au bas) prend, plus la vitesse de rotation augmente, une forme géométrique ellipsoïdale, triangulaire, carrée, pentagonale et finalement hexagonale.

 

 

Nous retrouvons le même phénomène à l’œuvre au pôle Nord de Saturne. Aussi, le 27 mars 2007 la NASA publiait sur son site Web l’image suivante accompagnée d’un bref article décrivant l’étonnement (sic) du monde scientifique devant cette « découverte » (l’expérience du seau d’eau ayant été réalisée un an auparavant!) :

 

 

 

Dans ces deux exemples, le mouvement est à l’œuvre (et un mouvement d’envergure), mais dans le cas des cratères pentagonaux et hexagonaux (supposés cratères d’impact), le mystère prend de l’ampleur : quelle force invisible est ici à l’œuvre? Serait-il possible que nous soyons en présence d’une « ombre » en provenance d’une dimension supplémentaire à l’intérieur de laquelle notre réalité est incluse et que nous ne sommes pas en mesure de percevoir directement?

 

Apparitions et disparitions

 

Un autre aspect des interactions interdimensionnelles, tel que décrit par le Dr Abbott, est celui des « apparitions » et « disparitions ». Lorsqu’un objet tridimensionnel croise un plan bidimensionnel, il semble apparaître aux habitants de Flatland, puis disparaître. Et si un objet quadridimensionnel devait croiser notre plan tridimensionnel, il est fort à parier que nous le verrions apparaître et/ou disparaître, comme par enchantement. Du côté de l’infiniment petit, nous avons la constante apparition/disparition de particules dites élémentaires. Basarab Nicolescu dans “Nous, la particule et le Monde” (Éditions Le Mail, 1985) en dit succinctement ceci : « Plus précisément, les “fluctuations quantiques” du vide déterminent l’apparition soudaine de paires particules-antiparticules “virtuelles” qui s’annihilent ensuite réciproquement, ce processus ayant lieu dans des intervalles de temps très courts ».

 

Du côté macroscopique, les phénomènes fortéens viennent immédiatement à l’esprit. Bien qu’ils ne soient pas en eux-mêmes l’objet quadridimensionnel en question, leurs comportements laissent à penser, comme le disait Charles Fort, qu’il existe une « région stationnaire, dans laquelle les forces gravitationnelle et météorologique terrestres sont relativement inertes ». Autrement dit, une autre dimension. Un « endroit » où les forces physiques, telles que nous les expérimentons, ne s’appliquent plus, où elles sont différentes et régies par d’autres « lois ».

 

Pluies rouges et neiges noires. Averses de grenouilles, de poissons et de serpents. Matières végétales, sang, chair et larves tombant du ciel. Pluies sans nuages. Averses de clous, de cailloux et de blocs de glace. Déluges d’huîtres et d’escargots. Voilà quelques-uns des phénomènes étranges et palpables qui parsèment la réalité de notre planète… [1]

 

Et que dire des nombreuses disparitions de bateaux, avions et autres « petites » joyeusetés? Au cours du 20e siècle seulement, des centaines de ces disparitions mystérieuses ont eu lieu en divers endroits autour du globe. Wikipédia en note plus de 60 uniquement pour la célèbre zone du Triangle des Bermudes. Bien que certaines de ces disparitions (et parfois même apparitions/réapparitions) puissent avoir une explication logique, nombreuses sont celles qui n’en ont pas et qui demeurent un mystère.

Ajoutons à tout cela le phénomène ovni qui, dans une grande proportion des cas, voit ses « engins volants » apparaître puis disparaître aussitôt. Idem pour certains cas d’« abductés ». Et bien que le gros bon sens nous indique clairement que nous ne sommes pas « seuls dans l’Univers », le phénomène ovni (surtout en y incluant les enlèvements) demeure un sujet qui n’est pas simple à aborder, mais uniquement pour le plaisir de l’analogie, réécoutez la vidéo de Carl Sagan lorsqu’il parle de la pomme comme étant une « créature interdimensionnelle » qui dans « un geste interdimensionnel pas très amical entre en contact » avec l’habitant de Flatland. Les similarités sont frappantes.

 

Vie et conscience

 

Voilà le sujet d’importance auquel [trop] peu de gens portent attention : la possibilité de vie organique douée d’intelligence (de conscience) dans les dimensions physiques « supérieures » aux trois nôtres. C’est ce qu’implique l’ouvrage du Dr Abbott sans pour autant oser faire le pont avec les dimensions « supérieures » aux nôtres. Certes, l’idée peut sembler malaisée pour une science contemporaine matérialiste dont les « lois » ne reposent que sur les expériences reproductibles à volonté ainsi que sur des montagnes de données empiriques. Pourtant, en termes de données empiriques, ce ne sont pas les témoignages d’enlèvements « extra-terrestres », les témoignages d’apparitions de toutes sortes, les témoignages/démonstrations de communication avec « l’au-delà » et les témoignages/démonstrations des phénomènes psy (clairvoyance, clairaudience, télépathie, télékinésie, etc.) qui manquent!

En effet, bien que ces derniers se comptent par centaines de milliers, notre chère science contemporaine n’est que trop mécaniste pour aborder avec sérieux le concept de conscience et ses implications, et ce, surtout lorsque nous formulons des théories concernant d’autres dimensions. Au contraire, cette dernière aura tôt fait de reléguer la conscience elle-même au rang d’« effet secondaire » de la matière, c’est-à-dire que la conscience ne serait rien d’autre que le produit de la complexité de notre réseau neuronal. Difficile d’être plus matérialiste! Mais même si nous admettons, pour un moment, que cette hypothèse prosaïque est valide, le gros bon sens aurait tôt fait de rétorquer, et avec raison, que si la conscience n’est réellement que la résultante d’une complexité moléculaire, l’ajout d’une dimension physique supplémentaire ne ferait que multiplier les probabilités d’y voir naître vie et conscience. En effet, l’incroyable densité actuelle de nos réseaux neuronaux se verrait décuplée par l’ajout d’une quatrième dimension physique. Tout comme la ligne d’un monde à une seule dimension devient carré pour ensuite devenir cube et hypercube, le cerveau (siège mécaniste de la conscience) prendrait alors une ampleur que nous ne sommes pas à même de conceptualiser. Idem pour la complexité organique.

 

Vases communicants

 

Il est possible d’appréhender l’idée de communication entre les différentes dimensions de plusieurs façons, mais conservons l’analogie faite par Flatland et reprise par Sagan. On y décrit la communication – avec une dimension « supérieure » à celles détectées par nos sens – comme étant perçue de l’intérieur, c’est-à-dire provenant d’une « voix intérieure » que nous « entendons ». Pourquoi? Parce que ladite voix en provenance d’une autre dimension est impossible à localiser puisqu’elle nous arrive de partout à la fois. Autrement dit, d’aucun endroit identifiable : ni d’en haut ou d’en bas, ni de droite ou de gauche, ni de l’avant ou de l’arrière. Tout vibre au « timbre de la voix » et ainsi nous la percevons comme provenant de l’intérieur puisqu’il nous est impossible d’en déterminer la provenance à l’extérieur de nous-mêmes. Oui, une voix intérieure comme dans « la voix de dieu », etc. Et ce n’est pas d’hier que de telles communications nous sont rapportées. Qu’elles soient sous une forme de conscience altérée (en état de transe), via une planche spirite, par écriture « automatique » ou encore par catoptromancie, elles ont toutes cet aspect commun : elles proviennent de l’intérieur. Il est donc aisé pour la science de faire fi de ce type de phénomènes et de les classer rapidement dans une section appelée hallucination ou folie. Comme nous le décrit le personnage principal de Flatland (un carré), c’est malheureusement là une attitude commune aux différentes dimensions :

 

Cela vous semble-t-il toujours étrange? Dans ce cas, imaginez que vous vous trouviez dans une situation identique à la mienne. Supposez qu’une personne de la Quatrième Dimension condescende à vous rendre visite et vous dise : « Chaque fois que vous ouvrez les yeux, vous voyez une Figure plane (qui a deux Dimensions) et vous inférez un Solide (qui en a trois); mais en réalité vous voyez aussi (bien que vous ne le sachiez pas) une Quatrième Dimension, qui n’est ni la couleur, ni l’éclat, ni quoi que ce soit de semblable, mais une véritable Dimension, dont je ne peux cependant pas vous indiquer la direction et que vous n’avez pas la possibilité de mesurer. » Que répondriez-vous à ce visiteur? Ne le feriez-vous pas enfermer? Eh bien, tel est mon destin; et nous agissons aussi naturellement, nous, habitants de Flatland, en condamnant à la détention perpétuelle un Carré coupable d’avoir prêché la Troisième Dimension, que vous, habitants de Spaceland, en expédiant dans vos geôles un Cube coupable d’avoir prêché la Quatrième Dimension. Hélas, combien l’humanité aveugle est prompte à persécuter et comme elle se ressemble d’une Dimension à l’autre! Que nous soyons Points, Lignes, Carrés, Cubes ou Extra-Cubes, nous sommes tous enclins aux mêmes erreurs, tous esclaves de nos préjugés dimensionnels respectifs. [2]

 

Autre considération : la lumière

 

Il y a certaines manifestations dans notre Univers qui font à ce point partie intégrante de notre quotidien que nous ne les questionnons même pas. Et pourtant, ce n’est pas parce que nous les avons comprises, c’est simplement « parce que c’est comme ça ». Prenons l’exemple de la lumière. La science moderne l’explique comme étant des photons, des « grains de lumière », des particules, mais qui seraient sans masse et sans… volume! Autrement dit, des « grains » inexistants. Qui plus est, bien qu’aucune masse ne soit attribuée à la lumière, les trous noirs de notre merveilleux Univers rempli de paradoxes possèdent « une force gravitationnelle telle que même la lumière ne s’en échappe pas ». Quelqu’un d’autre y voit une apparente contradiction? Dans l’ouvrage du Dr Abbott, le personnage principal relate quelque chose d’intéressant à cet égard :

 

Nos maisons n’ont pas de fenêtres : car la lumière nous arrive également à l’intérieur et à l’extérieur, de nuit comme de jour, en tous lieux et à tous moments. D’où? Nous l’ignorons. « Quelle est l’origine de la lumière? » C’était là, jadis, pour nos érudits, une question du plus haut intérêt que l’on se posait fréquemment, et l’on en a cherché la solution à maintes reprises, sans autre résultat que de peupler les asiles de fous. En conséquence, après avoir vainement tenté de restreindre indirectement ces recherches en les rendant passibles d’une lourde amende, la Législature, à une époque relativement récente, les a interdites absolument. Moi – hélas, moi seul à Flatland – je ne connais que trop bien la véritable solution de ce mystérieux problème; mais je suis dans l’incapacité de la rendre intelligible à un seul de mes compatriotes; et l’on m’accable de sarcasmes – moi, l’unique détenteur des vérités de l’Espace, moi qui ai formulé la théorie de l’introduction de la Lumière à partir du monde des Trois Dimensions – comme si j’étais un dément parmi les déments! [3]

 

N’ayant toujours pas réellement trouvé l’origine de ladite lumière, même ici dans « le monde des Trois Dimensions », est-il possible qu’elle se trouve ailleurs? Peut-être dans la manifestation d’une autre dimension qui englobe la nôtre? Peut-être serait-ce aussi l’explication de sa dualité onde-corpuscule? Car bien que nous ayons nombre de calculs élaborés et nombre de théories expliquant le pourquoi du comment de la manifestation de la lumière, tout scientifique qui se respecte avoue ouvertement que personne ne sait, en réalité, ce qu’est l’énergie, lumière incluse. Ce n’est habituellement qu’à coups de théories et de nouvelles découvertes/créations de particules que nous avançons à tâtons dans l’explication officielle de l’étrangeté apparente de notre univers. Et je suis prêt à parier que les bosons, les neutrinos et autres futures particules de particules ne parviendront pas à expliquer la nature, disons, du phénomène spirite dans son entièreté.

 

En conclusion

 

Apparitions et disparitions tant au niveau de l’infiniment petit qu’au niveau macroscopique, communications spirites, énergie, lumière et géométrie tangible du « censé être rond », voilà quelques exemples de phénomènes « inexpliqués » qui sous-entendent ouvertement que notre réalité est, dans les faits, enchâssée dans une réalité beaucoup plus grande que nous le concevons habituellement.

Et, de toute évidence, la portée purement initiatique de cet article concernant un sujet aussi vaste aura laissé de côté maints aspects pouvant découler d’un tel constat et/ou le démontrer. Mais les exemples abordés, à eux seuls, auront servi la cause et établi les bases du titre de cet article ainsi que de l’affirmation suivante :

En réalité, je vous le dis, nous vivons dans le « Monde Plat ».

 

-Webmestre Zone-7

 


Notes :

[1] Article « Le ciel nous tombe sur la tête… depuis toujours ».

[2] Flatland, Edwin A. Abbott, p. 15.

[3] Flatland, Edwin A. Abbott, p. 7.

 

Pour aller plus loin :

Flatland d’Edwin A. Abbott (Disponible dans la bibliothèque dans la section « Divers »)

http://www.dimensions-math.org/ (Documentaire vidéo sous licence Creative Commons en libre téléchargement)

NP le nouveau paradigme