Le Nouveau Paradigme

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Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


Le retour des croisades...

Publié par Dav sur 14 Janvier 2013, 18:14pm

Catégories : #Société

Mariage gay : la vieille peur de l’Eglise depuis la révolution

 

Jean-Louis Schlegel est un sociologue des religions qui se définit lui-même comme catholique. Il est l’auteur avec Denis Pelletier de « A la gauche du Christ. Une histoire des chrétiens de gauche de 1946 à nos jours » (Seuil, 2012).

J’ai sous les yeux des tracts distribués en vue de la « Manif pour tous », dimanche 13 janvier. Ils m’auraient dissuadé d’y aller si j’avais eu des velléités de le faire – ce qui n’est pas le cas.

 

Le ton est à l’apocalypse. Il ne s’agit de rien moins que de préserver « notre société et notre humanité ». Dans ma paroisse, le tract distribué à la messe du dimanche évoque un gouvernement qui a « un projet de négation de l’humanité ».

 


Manif anti-mariage gay. 17 novembre 2012 (Audrey cerdan)

« Le respect des personnes homosexuelles »

 

Naturellement, il ne manque jamais le paragraphe sur le « respect des personnes homosexuelles » : avec l’armure des croisés, on joue ainsi à « embrassons-nous Folleville », si l’on ose dire. Mais il n’est pas besoin d’être homosexuel pour percevoir la violence de l’écart entre la théorie et la pratique, et le côté insupportable de ce discours.

Les religions avaient le droit et le devoir d’entrer dans ce débat, et leurs arguments moraux, anthropologiques, métaphysiques ont heureusement contesté les plates évidences des sondages ou les idées plutôt courtes de la gauche, selon laquelle toute liberté et tout droit nouveaux sont en soi et toujours un progrès.

 

A certains égards, les religions l’ont créé, le débat de société nécessaire dans une démocratie, et les députés qui auront à décider auront de quoi affuter leurs arguments. On peut aussi penser que dans les religions elles-mêmes, l’Eglise catholique par exemple, une frange de croyants en sortira plus éclairée sur un sujet où les clichés – souvent négatifs – abondent.

 

Pour autant, tous les croyants peuvent ils être satisfaits de la position très combative adoptée par des responsables religieux, et en particulier des évêques suivis par ou précédant des troupes galvanisées contre « un nouvel ordre anthropologique » ?

 

 

Après la pilule, l’avortement, le Pacs...

 

Comme catholique, je ne suis pas persuadé du tout du bien-fondé, sur la forme et le fond, de la position « officielle » de mon Eglise, et donc que les évêques et les catholiques les plus remontés qui vont défiler et donner le ton ont raison de le faire – si sincères soient les motivations de beaucoup (pas de tous !).

 

Je crains une fois encore un combat d’arrière-garde, pour une cause qui n’a pas le caractère dramatique voire apocalyptique qu’on essaie de lui donner.


Le combat d’arrière-garde (de trop ?) est celui de tous les combats perdus depuis près de 50 ans sur l’ensemble des questions tournant autour de la sexualité, de la conjugalité et de la procréation humaines.

Il y a eu d’abord la pilule contraceptive, puis l’avortement, puis les relations sexuelles préconjugales et la « cohabitation juvénile » (condamnées par Paul VI en 1975 avec l’homosexualité et la masturbation), puis le Pacs, violemment rejeté en son temps alors que dans les tracts de la « Manif pour tous » on en fait maintenant l’éloge implicite : on suggère même d’en « améliorer les dispositions légales »… pourvu qu’on ne porte pas atteinte au mariage – devenu sacro-saint.

 

 

Chaque crise provoque de nombreux départs

 

Si l’on considère que les chiffres du Pacs de couples hétérosexuels se rapprochent inexorablement de ceux du mariage malgré les désavantages légaux qui subsistent (alors que plus de la moitié des enfants naissent hors mariage, et pourtant dans des familles), on peut déjà se demander a fortiori ce qu’il en sera après son amélioration : les futurs marcheurs de dimanche prochain marcheront donc aussi, selon leur propre logique mais sans le savoir, autant sinon plus pour le succès du Pacs !

 

Chacune des crises citées, auxquelles on pourrait ajouter l’intransigeance envers les divorcés qui se remarient, s’est traduite par des départs nombreux et des prises de distance définitives – de femmes surtout, de couples, de jeunes, de croyants de toutes sortes et de tous âges… auxquels n’est accordé généreusement que le pardon de leur faute s’ils veulent bien se confesser.

 

Ce ne sont pas seulement des individus, mais des groupes et des masses qui s’en vont parce qu’ils se sentent exclus de fait. Il en ira de même pour les homosexuels après la nouvelle loi - si ce n’est fait avant.

Certes, dira-t-on, des échecs répétés ne prouvent pas encore une erreur sur le principe. Sans doute, mais à l’inverse, prétendre avoir toujours raison sur tout contre tous, en échouant pour s’imposer, ferait-il une vérité ? On peut en douter légitimement. Il ne subsiste aujourd’hui qu’une « vérité » tombée en désuétude pour la plupart, devenue incompréhensible, « exculturée » à l’extérieur et largement et en permanence contestée en interne.

 

 

La structure idéale, céleste, de la famille

 

Sur le fond, c’est moins l’argument du mariage entre homosexuels qui est avancé désormais que celui des enfants – par adoption, par Procréation médicalement assistée (PMA), par mère porteuse peut-être –, et celui de la filiation naturelle et juridique avec un père et une mère, sans oublier les arguments affectifs et psychologiques.

Ce qui est en train de se passer serait une « rupture anthropologique ». Même si l’anthropologie des vrais anthropologues ne rejoint manifestement pas l’anthropologie catholique, même si les juristes et les « psys » ne sont pas unanimes, même si, comme d’habitude dans l’Eglise catholique, on ne discute qu’à partir de la structure idéale, céleste, de la famille – un père, une mère, des enfants – à grands renfort de psychanalyse et d’anthropologie normatives, admettons qu’un pas grave sera fait.

 

Mérite-t-il pour autant la dramatisation apocalyptique qu’on lit et qu’on entend dans les appels à manifester ? Car on y est, dans la « rupture anthropologique » !

 

Ce que les évêques et les catholiques intransigeants ne veulent pas voir, c’est à quel point la rupture est déjà là et même partiellement mondialisée, à quel point la « désymbolisation » du mariage et de la famille traditionnels est déjà avancée : le mariage gay et ses conséquences, y compris pour les enfants, ne sont pas un début, mais une étape et peut-être la fin d’une évolution qui a commencé avec la pilule.

 

Tout le contraire de l’apocalypse

 

Les législations déjà existantes dans des pays d’Europe et d’ailleurs sur ces sujets indiquent tout le contraire de l’Apocalypse, le cas de l’Espagne étant particulièrement emblématique. On a déjà évoqué l’exemple particulièrement éloquent du Pacs, qui n’a cessé de progresser malgré ses défauts légaux au détriment du mariage.

Cette désaffection du mariage devrait questionner et susciter de l’invention pour avancer autrement plutôt que des mobilisations pour le maintenir à tout prix. On pourrait d’ailleurs estimer à juste raison que les ravages du divorce pour les enfants surpassent infiniment les désordres éventuels créés par les familles homosexuelles, et que s’il y avait des motifs de sévérité légale, c’est là qu’il faudrait agir (si c’est encore possible !).

Je me demande même si la compréhension des Français pour le mariage gay avec enfants ne vient pas des leçons de leur divorce !

 

 

Depuis les années 60, l’Eglise s’oppose à toute évolution

 

Mais depuis les années 60, l’Eglise catholique s’oppose de toutes ses forces et frontalement à toute évolution, elle se cramponne à son modèle de la sexualité, du mariage et de la famille comme à sa corde le pendu (en s’adossant curieusement à la loi de la République pour le mariage !), et comme si sa mise en cause était sa propre fin annoncée.

Disons-le : comme si elle avait peur, cette vieille peur de l’anarchie et de ses conséquences qui la poursuit depuis la Révolution française et qu’elle se croit chargée de conjurer.

 

Après tout, elle aurait pu dire ce qu’elle pensait, de ce mariage, et renvoyer aux consciences plutôt que de prétendre défendre sa vision de la « bonne société ».

 

Il faudra bien admettre que le temps est arrivé où les catholiques (comme les autres croyants) devront vivre leur foi et leurs convictions sans assises ni appuis, culturels et autres, et revenir à leurs sources (la Bible et le meilleur de leur tradition) plutôt qu’aux traditions chrétiennes de l’Europe – qui existent à l’évidence mais ne peuvent plus être normatives.

Cette image de croisés que les catholiques vont offrir

 

Pauvre Eglise, si elle croit trouver son salut dans des réalités aussi historiquement marquées que le mariage actuel ou dans une doctrine dont les historiens de l’Eglise voient l’acte de naissance en 1930 (avec l’encyclique de Pie XI Casti connubii).

 

Pauvre Eglise aussi si elle s’accroche à des « principes anthropologiques » prétendument éternels alors qu’ils ne font pas ou plus l’unanimité, ou si elle ne trouve dans la Bible et l’Evangile que des versets et des passages qui confirment ces vues – alors qu’on peut y lire aussi et tout au long un affranchissement par rapport aux lois et aux idées reçues, y compris du reste aux idées « post-modernes » reçues.

Etranges débuts de la « nouvelle évangélisation », avec cette image de croisés que les catholiques vont offrir. Pauvre foi marquée par la crainte, en cette « année de la foi » !

 

Rue l69 le nouvel Observateur

NP le nouveau paradigme

 

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lasorciererouge 15/01/2013 20:22


.....effectivement tous ne sont pas homophobes, mais c'est quand même la grande majorité.


Je travaille avec du public, et pas plus tard qu'hier la conversation a bien sur été la grande manif et je peux dire que le jugement était sans appel et j'y ai mis mon grain de (..gros) sel.


Ce qui me gêne c'est la récup et la manipulation des "castes" religieuses et politiques.


La haine fait toujours recette et ça marche!


Je connais bien la phrase, je ne suis pas contre..mais !


Oui, effectivement, pendant ce temps là....!


J'ai dans mes connaissances, des homos, des 3e sexe., etc....et je peux vous dire leur souffrance de ne pas être " comme les autres" à cause du jugement des gens bien pensants heureux d'être dans
la norme.


J'aime dire qu'être homo, c'est une âme qui c'est trompée de corps, mais nous naissons tous féminin à la base !!

Sioux Later 15/01/2013 18:08


@lasorciererouge
Et voilà, on ne peut plus  dire qu'on est contre le mariage homosexuel sans être etiqueté d homophobe !!! C'est comme quand on dit que la banque rotschild a ruiné la france et on se fait
taxer d'antisemite... Quel rapport ???
On peut très bien être contre le mariage-adoption gay sans être homophobe, mais cela doit dépasser l'entendement de reflexions à un neurone. A se demander qui sont les culs pincés.!.
La chasse aux sorcières a changé de camp, maintenant se sont les gens "normaux" qui la subisse.. Dire qu'un couple hétéro c'est mieux pour un enfant, est-ce de la haine???
Pour une sorcière, tu me sembles bien formatée et intoxiquée par l'avis des médias qui eux créent et nourissent la haine dont tu parles et que tu manifestes.


Ne vois-tu pas que cette histoire est un écran de fumée, en forme de feuilleton télévisé du JT, pour masquer la réalité; la France est en faillite parceque la dette de la dette est
inremboursable. Et ça, faut pas que cela se voit..

lasorciererouge 14/01/2013 23:10


.....vous oubliez une chose: les homos, lesbiennes, trans,...ce sont des parent hétéros qui les ont mis au monde !!


Alors arrêtez votre chasse aux sorcières (..tiens!!)


L'homosexualité ne s'arrête pas au dessous de la ceinture, ce sont des êtres HUMAINS avant tout, n'en déplaise aux culs pincés !!


Tous ces "antis" ne sont que moutons qui bêlent dans le troupeau appeuré, l'ignorance est tellement plus facile pour justifier sa "haine" de ceux qui n'entrent pas dans le moule de la société.


Charles AZNAVOUR chante une trés belle chanson qui est malheureusement toujours d'actualité !!


....mais bon, les vaches seront toujours bien gardées !!

Sioux Later 14/01/2013 22:28


Ce qui me gêne dans les médias, c'est qu'on nous rabache à chaque JT que les français sont une majorité pour le mariage gay et l'adoption d'enfants qui va
avec. D'où ces médias tiennent-ils ces statistiques ??? J'ai le sentiment que c'est le contraire...

geneviève 14/01/2013 20:05


je joins ci-dessous un courrier d'un philosophe, prof à science-po qui n'a rien d'un béni oui-oui, mais au contraire qui a tout d'un homme sensé et de réflexion pour apporter un contre poids "de
poids" contre les propos des pauvres naïfs manipulés par les médias donc  convaincus que les seuls opposants ne sont que de pauvres tocards de croyants... alors que le débat n'est ni
religieux, ni politique mais ethique et seulement éthique ! " d'où la dictature de la confusion "


 Bertrand VERGELY
(philosophe normalien, professeur de Khâgne et prof à Sciences-po, est d'une clarté éblouissante et mérite vraiment d'être pris en
considération.)


 


 






 


 Le mariage
gay ou la dictature de la confusion.


La question du mariage gay appelle dix
remarques.


I) Il importe d’abord de distinguer la question de l’homosexualité de celle du mariage gay.


L’homosexualité appartient à la sphère privée et renvoie à
une histoire singulière. C’est ainsi, il y a des personnes dans la société dont la manière d’aimer consiste à aimer une personne
du même sexe. Pourquoi en est-il ainsi ? Nous n’en savons rien et nous ne le saurons sans doute jamais, tant il y a de raisons possibles à cela. Toujours est-il qu’il s’agit là d’une réalité que
la société sedoit de respecter en offrant aux couples homosexuels une protection de leur vie privée au mêmetitre que celle dont peut jouir chaque citoyen.


 


II) Le mariage gay relève en revanche d’une question qui regarde tout le monde, celui-ci étantappelé à
bouleverser de manière irréversible la norme en vigueur en établissant une nouvelle norme en matière de famille, de filiation et de transmission, s’il vient à être adopté.


III) À l’origine, le mariage est une donnée naturelle. C’est ainsi, pour faire naître la vie un homme et une femme s’unissent et procréent un enfant. En
établissant le mariage comme institution, la société a donné un cadre juridique à cette donnée naturelle afin de la protéger.


  


IV) Il s’avère qu’aujourd’hui le mariage, la filiation et la transmission ont changé de sens.
La


procréation n’est plus l’unique sens du mariage,
le mariage-sentiment ayant tendance à l’emporter sur le mariage-procréation. De même, l’enfant n’a plus pour unique sens d’être le fruit de l’union d’un couple, le désir d’enfant
introduisant des demandes d’enfants de la part de personnes seules ou des demandes d’adoption ou de procréation assistée de la part de couples stériles.

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