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Les crabes royaux envahissent-ils réellement l'Antarctique ?

Publié par Dav sur 8 Juillet 2013, 18:36pm

Catégories : #Environnement

 

Les crabes royaux envahissent l’Antarctique. C’est du moins ce que l’on croit depuis la découverte de leur abondance dans le bassin de Palmer. La conclusion semblait hâtive pour certains, car il n’existe que très peu de données sur la répartition de l’espèce. Une équipe du British Antarctic Survey montre d’ailleurs que ces crabes ne seraient pas des envahisseurs mais bien des natifs des eaux antarctiques.

 

 

Le crabe royal est friand de petits invertébrés. Jusqu'à maintenant, on pensait que l'océan Austral s'étant réchauffé, il avait migré sur le plancher océanique de l'Antarctique, devenant une réelle menace pour la faune. © Butterfly voyages, Wikipédia, GNU 1.2

 

 
 

Le submersible Genesis, il y a un plus de trois ans, arpentait les fonds marins du continent antarctique. Sur les 11 lieux visités, 10 grouillaient d’invertébrés tandis qu’un était désertique. Dans le bassin de Palmer, les crabes royaux (Lithodidae) avaient colonisé le lieu. Craig Smith, chargé du projet, estimait à plus de 1,5 million le nombre d’individus dans ce bassin. Dans une étude publiée dans les Proceedings of the Royal Society B, son équipe suggérait que l’invasion avait dû démarrer il y a une quarantaine d’années.

La théorie avançait que les crabes royaux avaient migré de l’Antarctique vers de plus basses latitudes, entre 40 et 15 millions d’années plus tôt. Les crabes seraient revenus en raison du réchauffement de l’océan Austral. Le bien-fondé de cette thèse est depuis sujet à débat, car elle se base sur un faible nombre d’enregistrements fossiles de différentes espèces de crabes, et les conclusions sont jugées trop hâtives par certains.

 

Un crabe royal capturé par la caméra du submersible Genesis. Il est ici en train de se nourrir.


Un crabe royal capturé par la caméra du submersible Genesis. Il est ici en train de se nourrir. © Craig Smith, RCMG

En eau profonde, les fossiles de crabes sont difficiles à dénicher. La cuticule du crustacé se dégrade trop vite dans l'océan après sa mort, si bien qu’il n’existe à ce jour que deux relevés de fossiles de crabe royal et aucun d’eux ne vient des eaux antarctiques (au-delà de 60° S). Dans ce contexte, une équipe du British Antarctic Survey (BAS) a entrepris de récolter une large gamme de données de crabes et crustacés référencés, vivants ou fossilisés. À partir de 16.000 données, le BAS suggère que les crabes royaux pourraient être natifs d’Antarctique et n’avoir jamais quitté le pôle Sud.

Les crabes royaux ont évolué en Antarctique

L’étude publiée dans la revue Plos One rapporte que le premier enregistrement de crabe en Antarctique remonte à 1903, où des décapodes Brachyura ont été observés sur les rivages des îles Orcades du Sud. Depuis, 22 espèces de crabe et de homards ont été référencées, dont 12 de crabes royaux. Le premier a été observé en 1967, à proximité de l’île de Scott, au nord de la mer de Ross. Ces données, incluses dans un modèle de distribution, laissent planer le doute sur la notion d’invasion de l’espèce. Les résultats suggèrent plutôt une présence longue et durable des crabes royaux dans la région.

Leurs recherches ne se cantonnent pas seulement au cas des crabes royaux. « Ces résultats sont importants car, pour la première fois, nous avons réussi à rassembler toutes les informations disponibles pour obtenir une meilleure compréhension de la diversité et de la distribution des crabes dans l'Antarctique. Beaucoup de ces animaux des grands fonds insaisissables, que l'on croyait invasifs, se sont révélés être uniquement des espèces antarctiques ».

Si des études complémentaires sont nécessaires, ces résultats relativisent complètement l’ampleur du risque de disparition de la faune antarctique. Les crabes sont friands d’invertébrés, notamment des mollusques, et l’on pensait jusqu’alors qu’ils pouvaient décimer ces populations qui résident depuis des millions d’années dans l’océan Austral. Le BAS envisage de réaliser une grande campagne d’échantillonnage pour évaluer la distribution réelle des crabes royaux.



 

Delphine Bossy, Futura-Sciences

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