Le Nouveau Paradigme

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Les requins affluent sur les côtes de Bretagne

Publié par David Jarry - Webmaster sur 21 Décembre 2013, 16:22pm

Catégories : #Environnement

aileron-requin-pelerin-APECSAileron de Requin pèlerin observé près des côtes de Bretagne
© H. Gadenne / APECS

Contrairement aux idées reçues, les requins ne fréquentent pas seulement les eaux chaudes des mers tropicales. Ainsi, les eaux de France métropolitaine abritent plusieurs dizaines d'espèces, dont le deuxième plus grand poisson du monde, après le célèbre requin-baleine : le requin pèlerin (Cetorhinus maximus). Chaque année, des centaines de requins pèlerins sont observés sur les côtes françaises, mais depuis quelques semaines, les observations se multiplient pour une année déjà exceptionnelle !

Le requin pèlerin : un géant des mers encore bien mystérieux

Pouvant atteindre 12 mètres pour un poids d'environ 5 tonnes, de couleur gris-brun avec de longues fentes branchiales de chaque côté de la tête, ce requin impressionnant est pourtant inoffensif puisqu'il se nourrit de petits poissons, d'œufs de poisson et de zooplancton. Sa longévité est estimée à environ 50 ans.

Méconnu du grand public, il a pourtant été longtemps pêché pour sa chair, son foie, sa peau et, en Asie, pour ses ailerons. Le requin pèlerin est facile à capturer car il nage à la surface avec une grande lenteur, indique la fiche de la Médiathèque de La Cité de la Mer.

En Europe, la pêche est devenue marginale et demeure essentiellement norvégienne. Mais ces grands poissons sont régulièrement victimes de pêche accidentelle et même de collisions avec des grands navires. C'est pourquoi, le requin pèlerin figure dans la liste rouge des espèces menacées de l'UICN dans la catégorie « espèce vulnérable ». De plus, le requin pèlerin est inscrit sur la liste de la Convention pour la  protection du milieu marin de l'Atlantique du Nord-Est (OSPAR) des espèces menacées ou en déclin.

Le requin pèlerin est un requin pélagique[1], présent dans les océans tempérés et froids des deux hémisphères. C'est un grand migrateur qui entreprend de façon saisonnière de longs voyages, dont les routes et la nature restent encore méconnues. Il se reproduit dans les eaux tempérées et boréales, il est donc normal qu'il soit observé près des côtes françaises et ceci, chaque année, au printemps et en été, en surface et près des côtes.

Cependant, les scientifiques connaissent mal la nature de ses déplacements et ne savent quasiment rien de sa reproduction. En France, une association brestoise, l'APECS[2], s'intéresse à cette espèce depuis plus de 15 ans et invite les usagers de la mer à signaler toute observation le long des côtes de la Manche, de l'Atlantique et de Méditerranée.

 

2013 : une année exceptionnelle pour l'observation des requins pèlerins

Si 2012 fut la pire année en nombre de requins observés (moins de 50 observations)  depuis le début de ce recensement démarré en 1997, à l'inverse, 2013 semble être une année exceptionnelle. En effet, environ 160 signalements d'un ou plusieurs requins ont déjà été transmis à l'APECS depuis le début du printemps dont près de 100 dans le Finistère Sud. Une telle concentration n'avait pu être observée depuis plus de six ans, alors qu'en moyenne une centaine d'observations sont enregistrées par l'APECS.

Hélène Gadenne, présidente de l'APECS nous indique que "les usagers de la mer continuent à nous faire remonter leurs observations de requin pèlerin sur l'ensemble des côtes françaises. Notamment, dernièrement, une observation en Méditerranée, près des côtes hyéroises, mais surtout des observations à proximité de la pointe Finistère, et dans la Manche."

 

Les Glénan se sont transformés en « autoroute » à requins pèlerins

Engagée dans le tournage d'un documentaire sur les requins pèlerins en Bretagne[3], l'APECS a sillonné les eaux de l'archipel des Glénan dans le Finistère sud du 26 mai au 6 juin. Une occasion exceptionnelle pour les bénévoles de l'association d'en savoir un peu plus sur ces géants des mers.

« Un premier petit requin pèlerin a été observé furtivement le 1er juin. Puis tout s'enchaîne à partir du 3 juin, date à laquelle l'équipe de tournage a pu nager plusieurs heures avec une femelle de 3m50. Le 5 juin, l'APECS réussit à équiper une grosse femelle de 6m50 d'une balise. Si tout se passe bien, cette balise se décrochera dans huit mois et dévoilera les secrets de la migration de cet individu.

L'équipage aurait pu se contenter d'un tel succès mais le 6 juin, avec des conditions météorologiques optimales, l'archipel des Glénan s'est transformé en véritable « autoroute » à requins. L'association a croisé la route de dix individus différents, malheureusement trop farouches pour être marqués. Au total, ce jour-là, 30 signalements ont été transmis par des plaisanciers et des professionnels sur le secteur. La taille du plus gros requin a était estimée à 10 mètres ! Ces signalements ont continué trois jours durant... Un tel phénomène ne s'est jamais produit dans les eaux françaises depuis le début des suivis de l'APECS » (1997, NDLR), indique l'association.

 

requin pèlerinRequin pèlerin observé dans les eaux bretonnes
© C. Hennache / APECS

Suivi de requins-taupes dans le golfe de Gascogne

Dans le même temps, l'IFREMER parvenait à marquer 9 requins-taupes avec des balises satellites aux abords du golfe de Gascogne, ceci afin de mieux connaître leurs migrations. Le requin-taupe commun (ou maraîche) est un requin de bonne taille et de couleur gris bleuâtre sur la face supérieure et blanche sur la face inférieure. Les adultes peuvent mesurer 3,7 m, et leur espérance de vie moyenne se situe entre 30 et 40 ans.

Ils sont été repérés à 200 km au large de l'Île d'Yeu (Pays de la Loire) et de Belle-Île (Bretagne). "Nous voulons mieux connaître leurs migrations et établir un protocole de suivi de l'abondance de ces grands requins dont la pêche a été interdite en 2010", explique Gérard Biais, chercheur à la station Ifremer de la Rochelle.

« L'objectif de la mission était de marquer des grands requins femelles ayant atteint la taille de la maturité sexuelle (2,30 mètres minimum). Les balises satellites sont programmées pour se détacher dans un an. Elle remonteront alors à la surface de la mer et enverront ainsi leurs données aux satellites. Cela permettra d'étudier en détail tous les déplacements des requins-taupes sur un cycle biologique annuel », indique l'IFREMER.

Une première opération en 2011 avait permis de marquer 3 requins-taupes. "Chaque année, les requins-taupes parcourent d'immenses trajets, pouvant aller jusqu'au cercle polaire au nord ou jusqu'aux Açores vers le sud. Au printemps, ils semblent revenir à l'ouest de la Bretagne" indique Gérard Biais.

 

requin-taupeRequin-taupe prélevé et marqué par l'IFREMER
© Ifremer / G. Biais

Echouage d'un requin féroce dans le Morbihan

Un requin féroce (Odontaspis ferox) mâle de 3,24 m et 220 kg s'est échoué samedi 21 septembre 2013, sur une plage de Pénestin, commune du Morbihan située en bordure de l'embouchure de la Vilaine.

Heureusement, comme la très grande majorité des requins, cette espèce n'a de féroce que le nom. Nommée ainsi à cause de sa mâchoire impressionnante et de son corps massif, elle reste cependant inoffensive pour l'Homme.

 

 

requin© A. Wargniez / APECS
Ce cas exceptionnel reste intriguant car le requin féroce fréquente surtout les eaux tempérées chaudes et tropicales et a plus tendance à vivre dans les eaux profondes, entre 300 et 800 m. L'espèce n'a été signalée dans des eaux moins profondes que dans quelques secteurs, en particulier dans des archipels éloignés tel que l'archipel de Malpelo dans le Pacifique (Colombie), ou plus près d'ici les Canaries ou les Açores, ainsi qu'en Méditerranée.
Les signalements dans le Golfe de Gascogne, très rares, ne sont pas non plus inexistants. Le dernier témoignage daterait tout de même de 1930. Il s'agissait d'une capture au chalut à 250 m de fond au large de la Gironde. Pourtant, l'année dernière, un premier requin féroce s'était échoué sur le littoral cotentin. Celui-ci, retrouvé vivant, avait pu être remis à l'eau.
Ces deux échouages sont donc désormais les deux signalements les plus septentrionaux et intriguent les scientifiques de l'APECS et de la station de biologie marine de Concarneau. Les scientifiques restent prudents quant aux hypothèses mais il les populations de requins pourraient, sous l'effet du réchauffement de l'océan, se déplacer vers le nord.

 

Comment participer au recensement des requins « français » ?

Vous aussi, vous pouvez participer au programme national de recensement des observations de requins. Tous les acteurs de la vie maritime, professionnels, plaisanciers, plongeurs, kayakistes … sont invités à signaler leur rencontre avec ce géant débonnaire en remplissant un formulaire en ligne sur le site de l'association.

Notes

  1. Qui vit dans les eaux proches de la surface ou entre la surface et le fond.
  2. Créée en 1997 à Brest, l'Association Pour l'Etude et la Conservation des Sélaciens (APECS) agit en faveur de la conservation des requins et des raies et plus largement pour la préservation des écosystèmes marins en contribuant au développement des connaissances scientifiques par la mise en œuvre de programmes de recherche ainsi qu'en développant des actions d'éducation et de sensibilisation à destination des différents publics. L'APECS représente la France dans les instances dirigeantes de l'European Elasmobranch Association (EEA) depuis 2004, organisme regroupant les chercheurs européens spécialistes des poissons cartilagineux (requins, raies et chimères). Elle est également membre du Réseau d'Education à l'Environnement en Bretagne ainsi que de la Commission raies et requins mise en place par le Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins.
  3. Ce documentaire de 110 minutes intitulé « Kreiz Ar Mor, la promesse des Iles » sera diffusé dans l'émission Thalassa en fin d'année sur France 3.

Auteur

Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

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Commenter cet article

gwendal 22/12/2013 03:09


Parmis les animaux marins auquels le public ne pense pas du tout en pensant à la Bretagne, il y a aussi les phoques! Ils
sont très présents chez nous ...et là pas d'histoire de réchauffement climatique, car ils aiment plus le frais...

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