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"Nos villes mutent pour survivre aux catastrophes"

Publié par Dav sur 3 Novembre 2012, 12:33pm

Catégories : #Changements terrestres


 

Brooklyn Bridge Park Boathouse (@gleuch/Instagram)Brooklyn Bridge Park Boathouse (@gleuch/Instagram)
 

Magali Reghezza-Zitt, maître de conférences en géographie et spécialiste dans les risques naturels et la vulnérabilité urbaine et métropolitaine, analyse pour "le Nouvel Observateur" l'impact des catastrophes naturelles sur les métropoles, telles que New York.

 

On a l’impression que les métropoles, comme New York, sont vulnérables face aux catastrophes naturelles, pourquoi ?

 

- Parce que la technique a permis de limiter les vulnérabilités classiques (on ne meurt plus ou beaucoup moins) mais a créé de nouvelles formes de vulnérabilités. En particulier, la dépendance aux réseaux techniques, l'interconnexion des territoires, la concentration des richesses, des fonctions stratégiques de commandement, créent des vulnérabilités majeures. Par ailleurs, la technique donne l'illusion de sécurité et fait oublier que nous ne sommes pas maîtres et possesseurs de la nature.

 

Va-t-on observer une mutation des villes afin de faire face aux risques naturels ?

 

- Elle est déjà en cours, mais nous ne la voyons pas. Les villes essaient d'adapter leur urbanisme et leurs réseaux en particulier, pour faire face aux catastrophes. Il faut distinguer ici les mégapoles, (très grandes villes comme Mexico et Dacca, qui sont sous la menace de risques naturels) des métropoles (villes globales qui commandent la mondialisation telles que New York, Paris, Londres et Tokyo) car les enjeux ne sont pas du tout les mêmes.

 

Justement, quels sont les enjeux pour les métropoles, les villes globales face aux risques naturels ?

 

- Il y a deux types d'enjeux distincts. La métropole est une ville : on y retrouve donc les enjeux classique de la sécurité des populations dans un contexte de concentration des biens et des personnes qui est le propre de l'urbain. Mais ce n'est pas une ville comme les autres, c'est un lieu de concentration des pouvoirs de commandement de la mondialisation.

Ce qui se passe dans une métropole a des conséquences sur tous les territoires qui dépendent de ce centre de commandement. Il y a en particulier des enjeux économiques colossaux : New York c'est le centre du monde, et Manhattan, le coeur du coeur. Dans une métropole, l'activité dépend largement des réseaux techniques, qui permettent de rester connecté en temps réel aux réseaux mondiaux, mais qui permettent aussi à chaque individu de se déplacer.

 

La métropole conjugue la proximité physique des individus et la proximité relationnelle des territoires malgré des distances kilométriques importantes : les traders sont regroupés dans leur salle de marché, mais ce qui se passe dans la salle de marché est en relation avec ce qui se passe à des milliers de kilomètres et cela aura des répercussions aussi bien sur la banque que les marchés et les entreprises.

 

Et quand une métropole est sévèrement touchée par une catastrophe...

 

Si on perturbe le fonctionnement local, les conséquences sont mondiales, globales. Dans ce système complexe, les réseaux ont un rôle crucial, on parle désormais de réseaux critiques. Mais les protéger, les adapter, les repenser pour les rendre plus résistants, ce n'est pas simple. L'inondation du métro de New York en est la preuve. Les effets du cyclone vont ainsi être décalés dans l'espace et dans le temps et nous n'en voyons pour l'instant qu'une infime partie

 

Alors comment l'urbanisme, c’est-à-dire l'organisation des villes, mute-t-il pour répondre aux enjeux

- On réfléchit aujourd'hui à une adaptation du bâti et plus largement de l'aménagement des territoires : il s'agit de rendre les villes plus résistantes, mais aussi et surtout plus adaptables à l'incertitude. On parle de résilience, c'est-à-dire de capacité à se relever du désastre rapidement et en tirant les leçons pour ne pas recommencer les mêmes erreurs

Il y a deux options possibles, qui peuvent se combiner mais qui relèvent de deux logiques : adapter les sociétés par la technique ou changer radicalement de comportement. On essaie par exemple de combiner des solutions techniques (urbanisme de zones inondables, ouvrages de défense, systèmes d'alerte, prévision) à des solutions sociétales (solutions juridique de contrôle de l'urbanisation, développement de la culture du risque, réflexion sur l'organisation des secours et la gestion de l'urgence, reconfiguration de l'évacuation, etc.)

On peut aussi essayer de changer nos modes de vie, notre rapport à la nature ou encore à la société de consommation. C'est un changement plus profond et plus radical. Dans les deux cas, cela suppose aussi un changement dans le rapport des sociétés contemporaines face aux dangers. La volonté du zéro risque, zéro dommage pose problème : chacun veut prendre des risques mais personne n'est prêt à en payer le prix. Chacun exige une sécurité maximale dans le même temps, mais personne ne veut en payer les contraintes. La récurrence des catastrophes dans les grandes métropoles des pays développés nous met face à nos contradictions.

 

 Paul Laubacher

Nouvel Observateur

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