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Technique de manipulation : l’argumentation perverse, qu’est-ce que c’est ?

Publié par Dav sur 5 Février 2013, 19:39pm

Catégories : #Partage

 

Qui n’a jamais été entraîné dans un débat à l’argumentation aussi fournie que stérile ? Lors d’un échange argumenté avec un tiers, n’avez-vous jamais eu cette impression désagréable que l’autre opposait un discours devant lequel vous vous sentiez démuni ?

 

puppet on a string

 

Un discours qui avait l’odeur d’un argumentaire, la couleur d’un argumentaire, la forme d’un argumentaire, et qui laissait néanmoins le sentiment de n’être pas si bien argumenté que ça. Et pour autant, difficile de contre-argumenter. Indignation, frustration, détestation…

Stop !

Halte à l’émotionnel, analysons ces situations, car elles tiennent à l’existence d’une pratique manipulatoire de la joute oratoire :

L’argumentation perverse

Je vous propose de voir ce que je qualifie d’argumentation perverse, quel est son mécanisme et à quels objectifs elle répond.

 

1) L’argumentation perverse, qu’est-ce que c’est ?

 

Le verbe « pervertir » vient du latin pervetere, qui signifie « mettre sens dessus dessous, retourner ». Par extension, pervertir revient à « détourner quelque chose de sa vraie nature ». Une argumentation vise à développer un raisonnement logique afin de convaincre un interlocuteur. Une argumentation perverse ne vise pas à convaincre : elle ressemble à s’y méprendre à une argumentation classique, mais pervertie, détournée pour des buts que nous verrons plus tard. Elle déplace le débat du rationnel vers l’émotionnel.

Un exemple ?

Un grand classique : dans le cadre d’un débat animé, l’un des protagonistes assène un provocant « vous êtes de mauvaise foi » à l’un de ses adversaires. Le doute est instillé.

1er cas : l’adversaire en question s’insurge et s’en défend. Comme la véhémence est bien souvent associée à la culpabilité, son argumentation sera entachée. D’autant qu’il pourra lui être renvoyé ad nauseam « vous voyez bien que vous êtes de mauvaise foi ».

2e cas : l’adversaire ne relève pas. Mais comme « qui ne dit mot, consent », il est perdant également.

C’est une tactique très utilisée en politique

 

2) Mécanisme

 

C’est une technique de manipulation utilisable dans tout échange d’idées ou d’arguments. Son mécanisme est aussi simple que redoutable : il consiste à lancer une attaque personnelle dans le déroulé d’un débat (au sens large), de façon à déclencher une réaction émotionnelle de la cible, tout en ne lui laissant que deux scénarios de réponses possibles :

- Réfuter de façon véhémente, avec le risque de donner du crédit à l’attaque, tout en s’éloignant du cœur du débat.

- Se taire, avec… le risque de donner du crédit à l’attaque, tout en entachant le reste du débat.

Au final, cela revient à enfermer la cible dans un double scénario perdant-perdant.

Dans la forme, l’argumentation perverse peut être aussi directe que dans l’exemple précédent. Mais son usage peut être plus « subtil » et l’attaque se faire par induction, voire en anticipation du débat à venir.

Exemple de provocation :

Un acheteur reçoit un commercial d’origine arabe, lui propose un café, et lui parle des travaux réalisés chez lui en les qualifiant de « travail d’arabe » avec tous les sous-entendus possibles et imaginables. Le tout se fait devant tous les collègues de l’acheteur.

Une telle scène est détestable et personnellement, je ne la cautionne pas. Elle déclenche forcément une réaction. Analysons-la toutefois de façon froide.

- Il s’agit là d’une attaque personnelle (j’ai du mal à croire à la maladresse dans ces cas là…).

- Elle entache de manière indirecte la crédibilité du vendeur, et donc celle de ses produits.

- Le commercial peut soit s’insurger et rentrer dans un débat pour défendre « le travail des arabes » (scénario 1, stérile), soit se taire et partir avec un handicap sévère dans les relations commerciales qui vont suivre (scénario 2, handicapant).

Dans tous les cas, l’acheteur met en difficulté le commercial, et c’est son objectif : quel que soit le commercial face à lui, il aurait trouvé une provocation détestable à lui jeter à la figure. Des milliers d’exemples existent, dans la sphère professionnelle comme dans la sphère privée. Je suis certain que vous en avez déjà qui vous viennent à l’esprit…

Par ailleurs, l’argumentation perverse ne fonctionne que pour le premier qui dégaine, et elle sera d’autant plus efficace que :

- Des témoins assistent à la scène.

- L’attaque touche un point sensible de la cible, qui bascule dans l’émotionnel.

- L’attaque semble factuelle, parée de sagesse populaire (mais pleine de contre-vérité).

Enfin, une argumentation perverse ne s’arrête en général pas à un seul argument : elle contient toute une panoplie, un enchaînement piégeant. La cible voit alors ses propres arguments se retourner méthodiquement contre elle.

 

3) Objectif

 

Mais quel est l’objectif de celui qui tient une argumentation perverse ?

Je vous invite à lire cet ouvrage : « objectif zéro-sale-con » (Robert Sutton, ISBN n°231100249X). Malheureusement (?), nous ne vivons pas dans le monde des bisounours !

L’argumentation perverse répond à un objectif qui va bien au-delà du seul débat. Elle vise à « retourner » un individu, à la déséquilibrer, afin de détruire sa confiance en lui, à « corrompre les esprits ». Elle sert à asseoir une certaine forme de pouvoir, à valoriser un orgueil mal placé ou à casser l’autre en vue d’une relation gagnant-perdant.

En bref, pour éclaircir les motivations profondes de recours à ce type d’argumentation, je ne peux que renvoyer vers un psychologue ou assimilé.

 

4) Conclusion

 

Je développe ici l’application de cette argumentation dans des situations commerciales.

Je donne également quelques pistes pour détecter et neutraliser une argumentation perverse. Néanmoins, objectivement, nous utilisons tous l’argumentation perverse, à un moment ou à un autre.

Dire à votre conjoint(e) lors d’une dispute : « on dirait ta mère », ce n’est pas très factuel, cela se veut provocateur et cela signifie que votre conjoint(e) porte le poids des erreurs (?) de sa pauvre maman. Qui ne l’a jamais fait ?

C’est le recours systématique et abusif de cette tactique qui en fait un mécanisme pénible… sûrement à l’origine de l’existence du célèbre point Godwin ! Pleins de sagesse, les usagers des forums appliquent depuis déjà longtemps la troisième solution que je propose : la fuite, avec la tout aussi célèbre formule « don’t feed the troll ! ».

Source : Le Cercle Les Echos  Yves Prunier

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lasorciererouge 13/03/2014 20:30


http://fr.sott.net/article/19568-Les-trolls-sur-Internet-sont-des-sadiques


 


Troll = moche et méchant !

lasorciererouge 29/04/2013 16:22


http://lefirago.overblog.com/onfray-refuse-le-d%C3%A9bat-et-fait-virer-un-philosophe

Agelfique 07/02/2013 10:26


C'est vrai que la conclusion est pour le peu surprenante; il est dit tout et son contraire. 


"it's trap!"

JBL1960 06/02/2013 16:38


Yann, vous m'avez enlevée les mots de la bouche !


Bon, sur ce, je sens que je vais retourner près du feu... A+

Isa 06/02/2013 15:09


Ne jamais perdre de vue de quoi on est venu débattre, et surtout relancer toujours cette question à celui qui veut vous déstabiliser : "vous ne répondez pas à la question, j'attends votre réponse
à cette question, voyez-le il ne répond pas à la question, on arrête tout car il refuse de répondre à cette question"... bref toujours asséner qu'on attend la fameuse réponse qui tarde à venir,
alors on demande à tout arrêter parce que Monsieur ne vient pas pour débattre sur le sujet qu'on attendait. J'en démords pas, moi! Ne lâchez jamais le morceau! En plus vous prenez à témoin que le
mec est vraiment de mauvaise fois en ne voulant pas aborder le sujet de front et ça se retourne contre lui. Tac!

Yann 06/02/2013 08:31


Tout ça pour parler du sophisme ?

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