Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 07:22

Photographie détaillée de la tablette trouvée à Ziyaret Tepe, site probable de la ville antique de Tušhan. Elle contient les noms de 144 femmes déportées qui étaient probablement au service de l'administration assyrienne. © John MacGinnis

 

Le palais du gouverneur de la ville assyrienne antique de Tušhan a brûlé en 700 avant J.-C. La chaleur dégagée provoqua la cuisson d’une tablette d’argile sur laquelle était apposée une liste de 144 noms de femmes. Cinquante-neuf d’entre eux ont pu être analysés. Surprise : ils appartiennent majoritairement à une langue qui était inconnue jusqu’à présent. Le site archéologique de Ziyaret Tepe, en Turquie, vient donc de nous livrer un véritable trésor.

 

L’Assyrie était un État guerrier mésopotamien particulièrement puissant durant l’Antiquité, plus précisément de 884 à 609 avant J.-C. Il s’est construit par une succession de campagnes militaires et d’annexions de territoires menées par des grands rois tels que Assournazirpal II (883 à 859 avant J.-C.), Salmanasar III (858 à 824 avant J.-C.) et Téglath-Phalasar III (746 à 727 av. J.-C.). Ceux-ci avaient une habitude leur permettant de rompre les rapports de force dans les zones annexées tout en rendant les peuples conquis dépendants de leur autorité et administration : ils les déportaient.

 

Le site actuel de Ziyaret Tepe, sur les rives de Tigre dans le sud-est de la Turquie, fait l’objet de nombreuses campagnes de fouilles depuis 1997. Il se situerait en effet à l’emplacement de l’ancienne cité assyrienne de Tušhan. Plusieurs preuves laissent penser que les ruines mises au jour correspondraient au palais du gouverneur construit sous le règne d’Assournazirpal II et détruit par un incendie vers 700 ans avant J.-C. Ce sinistre majeur eut néanmoins un effet bénéfique : il figea dans le temps, en la cuisant, une tablette d’argile recouverte de précieuses informations.

 

John MacGinnis, de l’université de Cambridge, l’a décrite, et surtout analysée, dans les pages du Journal of Near Eastern Studies. Sa surprise a été de taille lors du décryptage. Ce support contient des preuves de l’existence d’un langage ancien qui était inconnu jusqu’à aujourd’hui.

Un langage inconnu venu d’Iran

 

Découverte dans la salle du trône, la tablette contient une liste de 144 noms de femmes écrits en caractères cunéiformes mais seuls 59 d’entres eux sont exploitables. Parmi ceux-ci, deux références sont assyriennes et 15 autres appartiennent à des langues connues de la même époque : égyptien, élamite, urartéen, hurrien, louvite et sémitique occidental. Plus de 40 noms proviendraient donc d'un langage inconnu. Plusieurs hypothèses permettraient d’expliquer l’origine de ces noms mais, face à divers éléments historiques, seule l’une d’entre elles semble plausible.

 

La langue disparue voici 2.500 ans aurait pu être parlée par des peuples conquis par les assyriens puis forcés de migrer en direction du sud-est de la Turquie. Or, il n’existe qu’une seule contrée annexée par les Assyriens pour laquelle aucune preuve d’un langage quelconque n’a été découverte à ce jour : les montagnes de Zagros, actuellement situées en Iran à proximité de la frontière irakienne. Cette hypothèse est appuyée par des écrits du roi assyrien Esarhaddon faisant référence à un langage inconnu, le mekhranien, originaire du Zagros. La langue disparue était donc employée par des peuples vivant sur le territoire de l'Iran actuel.

La tablette d'argile est actuellement entreposée à Diyarbakir en Turquie, en attendant d’être un jour exposée au public.

 

Par Quentin Mauguit, Futura-Sciences

"publi 3-4Vers un nouveau paradigme"

2012 et aprés


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