Le Nouveau Paradigme

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Commencer à penser par soi même c'est déjà faire partie de la solution


Villages verts pour blancs « pure souche » : quand l’extrême droite se la joue retour à la terre

Publié par David Jarry - Webmaster sur 13 Janvier 2014, 12:54pm

Catégories : #Société

 

Cultiver son « âme celte », se « ré-enraciner » dans les terroirs de « la France éternelle », respirer « l’essence authentique du peuple de France »... L’extrême droite s’empare à sa manière de la transition écologique et d’expériences de relocalisation et de décroissance. En tentant d’implanter dans plusieurs régions des villages prétendument écolos et conviviaux. Ces projets, en apparence sympathiques pour les non avertis, masquent une vision communautariste, voire raciste, de l’écologie.

L’une des premières alertes est donnée début 2010 dans un petit village du Morvan, Mouron-sur-Yonne, 99 habitants. C’est un coin tranquille perdu entre Auxerre, Dijon et Nevers, juché en lisière d’un parc naturel remarquable. Mais comme dans nombre de petites communes, les riverains, notamment les plus anciens, subissent la désertification rurale. L’espoir renaît lorsque des jeunes décident en 2009 de reprendre l’ancienne tuilerie, un bloc de bâtiments délabrés abandonnés depuis des décennies. Leur objectif : animer un lieu mettant l’accent sur la convivialité et le grand air. La vie s’y installe de nouveau. Les bruits de marteau résonnent, les passages dans les rues autrefois désertes s’intensifient. On espère peut-être voir des familles s’installer un jour. Bref, cette activité fait plaisir et certains villageois la considère même comme salutaire.

Jusqu’au jour où un internaute tombe sur des discussions en ligne décrivant le projet dans ses moindres détails : localité, bâtiments, dates… Et là, surprise : il constate que les débats et le cadre s’orientent ostensiblement vers l’extrême droite, avec son lot de quolibets racistes et d’odes à la mère patrie. L’endroit est nommé « La Desouchière » (sic) par ses partisans, ce qui sous-entend que ce lieu est réservé à ceux qui sont de « pure souche ».

Rapidement, plusieurs personnes, dont des antifascistes, créent un blog pour dénoncer ce qui sera la première tentative avérée de village identitaire. Mois après mois, les auteurs du blog « Desouchière dégage ! » apportent des éléments sur les véritables intentions des nouveaux arrivants, derrière la bonhomie affichée d’un retour à la terre écolo. Plusieurs piliers de la Desouchière sont issus du Bloc identitaire, l’une des composantes de la nébuleuse de l’extrême droite radicale qui s’étend des royalistes aux néo-nazis, et de ses ramifications. Ils concrétisent ici la volonté fantasmée de recréer le bourg gaulois d’Astérix et Obélix, celui d’une vie en communauté, loin du matérialisme, de l’individualisme et du « mondialisme » d’une France jugée « déliquescente ». Une vie en communauté seulement entre « blancs », « au cœur du Morvan, en vieux pays celtique, là où de tout temps une rude race a vécu avec ténacité et indépendance »...

« France éternelle » et « âme celte » version bio

En continuant les recherches, une nouvelle structure est dévoilée début 2011. Il s’agit d’une Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) de l’agglomération dijonnaise, ciblée pour les liens étroits qu’elle entretient avec la Desouchière. Elle s’illustre par la promotion du terroir d’antan et propose les « paniers grevelons », un assortiment de produits locaux estampillé du blason de la Bourgogne. Là aussi, le vernis ne tiendra pas bien longtemps. Après vérification, cette association du nom de « Cercle Vincenot » (en hommage à l’écrivain régionaliste Bourguignon) s’avère issue de la mouvance identitaire et directement de la Desouchière, avec des membres formés au sein de cette dernière et poursuivant les mêmes desseins. Même le boulanger qui venait de s’installer était arrivé par ce biais [1].

L’histoire se répète près de Besançon, où trois membres de la Desouchière puis de l’Amap de Dijon s’installent à la Caborne, du nom d’un habitat typique de la Franche-Comté. La boulangerie et des locaux annexes servent de point de ralliement. Personne dans le village n’est au courant, seuls les initiés sont dans la confidence le temps de développer le projet et de prendre racine. Des activités sportives et culturelles commencent à attirer la population. Un potager et des vignes sont en projet. Un petit blog au nom de l’association valorise le terroir, l’éthique alimentaire, l’amitié autour d’une bonne table. Qui ne pourrait pas avoir de l’empathie devant ces valeurs franches et fraternelles ? En parallèle, des actions du Bloc identitaire se réalisent comme par hasard à proximité. Il faudra mener un gros travail de recherche pour éclaircir la situation. Après divulgation d‘une enquête minutieuse, c’est le choc dans le village. Depuis, la Caborne semble s’être définitivement arrêtée.

Le vert comme cache-sexe de la haine

Le point commun entre la Desouchière – rebaptisée plus discrètement « La maison des elfes » – ou la Caborne ? Une association nommée Des racines et des Elfes, qui recueille les dons et organise des actions de soutien. A première vue, son objet semble (presque) des plus banals : l’association « met en place des solutions alternatives positives, constructives et fortement enracinées dans les domaines qui touchent de près ou de loin à la sauvegarde et à la transmission du patrimoine des peuples d’Europe. » S’impliquer dans des Amap ou un terroir pourrait sembler inoffensif. Mais une idéologie bien plus inquiétante se profile.

Le discours est d’abord implicite. On se revendique « Européens, libres, fiers, enracinés et solidaires », on évoque « l’essence authentique et historique du peuple de France », on vante la « restauration de l’âme véritable de ce sol (âme celte, franque, gréco-latine, et slave) », on vend un calendrier pour voyager « au cœur de la France éternelle »... Comprenez : tout ce qui n’en fait pas partie – immigrés, juifs, homos... – est prié de passer son chemin. La convivialité affichée, teintée de bio et de simplicité volontaire, se révèle des plus discriminatoire, voire raciste. Une idéologie que l’on l’applique d’abord au lieu communautaire tout en prévoyant de l’étendre à l’ensemble de la commune. À « la Desouchière », le plan final allait jusqu’à préparer la prise de la Mairie en calculant le poids démographique de leur communauté sur le reste du village ! Le blog « Desouchière dégage ! » a révélé des documents démontrant le montage immobilier et financier de ses occupants. Ils prévoyaient à terme le rachat d’une partie significative des habitations du village, en jouant sur la spéculation et le vieillissement de la population, l’objectif était d’instituer une véritable confrérie idéologique et raciale. Depuis, la Desouchière s’est métamorphosée en « maison des elfes » [2].

Paganisme blanc ou catho terroir

Actuellement, le nombre de structures similaires à l’ex Desouchière est difficile à évaluer. Ce qui est certain, c’est que la mouvance d’extrême droite cherche à les multiplier. On peut par exemple citer le « Réveil de la Vivre », structure située en Bourgogne. Selon ses promoteurs, V.I.V.R.E. est l’acronyme de « valeur, identité, vérité, résistance et espoir ». Ils devaient trouver un local et tenter une expérience de culture biologique en autonomie, c’était du moins la volonté initiale. Le site Internet du projet relaie de nombreuses publications d’extrême droite, des vidéos du Renouveau français (contre le mariage pour tous) ou des articles issus de la revue Eléments, issue de la nouvelle droite. Le projet ne semble pas avoir bouger depuis fin 2011 [3].

Encore bien active, l’association Racines charnelles, située en Rhône-Alpes, tente exactement le même parcours. Un blog du même nom relaie les appels à soutenir la « maison des elfes » de Mouron-sur-Yonne, entre des autocollants prônant la légitime défense, assorti du slogan « national, social et radical », ou des extraits de texte de Pierre Vial, ancien membre du FN (proche de Bruno Mégret), défenseur de « la race blanche », et bien davantage païen que catho.

Un « ré-enracinement » qui s’étend des Flandres à la Bretagne

On peut citer aussi la Ferme du Bout du Monde située en Haute-Loire, Retour à la Terre dans l’Allier pour un « ré-enracinement », une antenne des « Vlaams Huis » (maison flamande) à Lambersart dans le Nord, animée par d’anciens membres du FN (lire ici), et plus récemment Jeune Bretagne (issu du Bloc identitaire) qui a acheté pour 330 000 € une bâtisse pour en faire un « centre des identités » nommé « Ti Breizh ». Ce projet semble cependant avoir du plomb dans l’aile puisque Jeune Bretagne cherche à revendre la maison pour financer la création d’une web-TV nationaliste, selon Le Télégramme. Cette liste n’est pas exhaustive. Et montre que la vigilance et la vérification sont de mises pour entraver puis stopper ces entreprises aussi insidieuses que dangereuses. Car les militants d’extrême-droite que drainent ces lieux prétendument « anti-système » expriment régulièrement leur violence. Attention à ce qu’elle ne s’enracine pas.

Enquête réalisée par Toufik de Planoise, publiée par la revue Lutopik et adaptée et complétée par Basta !

Photo : CC David



Lutopik est un magazine trimestriel qui aborde essentiellement les questions écologiques et sociales et met en avant des alternatives possibles au système économique et politique actuel. Enquêtes et reportages sont réalisés sur la route : la rédaction se déplace en camping-car à travers la France, ce qui permet de passer suffisamment de temps sur place pour approfondir les sujets. Le magazine accorde une large place aux illustrations avec des photos, des dessins et une BD.

Le numéro 2, sorti début décembre 2013, consacre un long dossier aux problématiques liées aux semences paysannes (voir l’introduction ici). Vous trouverez également dans ce numéro un reportage au squat maraîcher des Lentillères à Dijon, un article sur le revenu de base, des témoignages sur la psychiatrie, la présentation d’un grand projet inutile de carrière dans le Rhône et, comme dans le premier numéro, une nouvelle de deux pages.
Lutopik fonctionne uniquement grâce à ses lecteurs, sans publicité ni subventions. Le numéro est à 4€, l’abonnement à partir de 15€.
Le premier numéro est disponible en téléchargement sur cette page.

Notes

[1Lire l’article que le site d’information Dijonscope lui avait consacré en 2011, en archive sur Mediapart.

[2Un lien mène directement de l’ensemble du site de l’ex Desouchière vers celui de la maison des elfes.

[3Accéder au site ici.

http://www.bastamag.net/

NP-le-nouveau-paradigme-copie-1

 

Commenter cet article

Gauloiseconnection 15/01/2014 23:53


C'est carrément dingue cette volonté manifeste d'empêcher les gens de vivre comme ils veulent et surtout avec qui ils veulent. Pourquoi absolument imposer un modèle unique ?


Qui se ressemble, s'assemble et ça se vérifie à tous les niveaux de la société, les gens se regroupent pour diverses raisons communes et c'est leur choix. Pourquoi être attaché à son histoire et
à sa patrie est si difficile en France alors que beaucoup de gens d'origine extra-européenne qui y vivent revendiquent sans cesse leur attachement à un pays d'origine où certains n'ont même
jamais mis les pieds ?


Laissons vivre les gens en paix avec qui ils veulent et comme ils veulent dans le respect des lois, bien sûr, et cessons cette dilution sauvage de notre société dans un mondialisme et un
multiculturalisme forcenés et destructeurs. Si on veut voir d'autres pays et rencontrer des gens d'autres cultures, les voyages sont faits pour ça !

Yann 14/01/2014 08:59


Quelles inepties ! Le repli identitaire est une utopie complete pour plusieures raisons (identitaire ou pas, ce n'est pas le problème). Tout d'abord, ce n'est pas parce qu'une communauté décide
de s'installer dans un village qui s'est vidé de ses habitants au fil des années qu'elle va réussir à développer un projet de vie. En effet, pour vivre il faut un tissus économique existant, or,
c'est bien par son absence que les gens sont partis. Le travail était ailleurs. Mais bon... admétons.


Ensuite, les raisons qui poussent une communauté à se regrouper n'engagent qu'elle même. Je veux dire par là que ces raisons ne recueillerons certainement pas le même écho chez les enfants. De
cette manière, la communauté n'a que peu de chance d'être pérène. Toutes les communautés qui se sont crées par le passé sont mortes pour cette raison, les enfants ont fini par partir. Pour les
quelques communautés qui restent (Christiana, île du levant, Auroville...) la population vieillit inexorablement.


Enfin, comme le dit Gevaudan, la France est un pays libre. Et à ce titre, la loi garantit la libre circulation des biens et des personnes. Donc, rien n'interdit a quiconque de s'installer dans
ces villages que semblent vouloir annexer ces communautés identitaires.


Je rajouterai que le mythe de la France gauloise n'est... qu'un mythe. La Gaule n'était pas la France ; la France est venue s'ajouter par dessus, au fil des siècles avec l'apport de cultures et
de peuples différends. La France d'aujourd'hui est culturellement metissée, c'est bien ce qui lui donne sa richesse.


 

gwendal 14/01/2014 02:39


 L'objet de l'association « Des racines et des elfes » est clair: « sauvegarde et à la transmission du
patrimoine des peuples d’Europe »! S'il y en a à qui cela ne plait pas, surtout qu'ils n'y aillent pas ...car
ils y seraient malheureux en vivant sur des valeurs qui ne sont pas les leurs


C'est comme acheter un billet de spectacle de Timsit ...si on ne l'aime pas, ça sera une mauvaise soirée


Tout semble fait pour que les gens qui souhaitent vivre ensemble soient montrés du doigt comme des vilains canards...
Pourtant, la liberté est que ceux qui n'ont pas envie de vivre avec certains puissent rester dans leur coin ou créer leur propre village où ils se sentiront bien...


Ca ne me viendrait pas à l'idée de m'installer dans un village Alsacien sachant que les Alsaciens ne peuvent pas saquer les
Bretons...Logique! Chacun va là où il se sent bien


Vouloir obliger tout le monde a penser de la même façon, a avoir les mêmes envies, n'a pas de sens. L'uniformisation est fade!
Au contraire, les différences entre les peuples sont une richesse (partageable à de nombreuses occasion, comme l'histoire l'a déjà démontré) pour tous les peuples.


Cet article suinte la promotion de la mondialisation forcée! En gros, des mondialistes disent: « hey, regardez ces gens
qui vivent selon leurs valeurs et leurs traditions »


...Et bien justement, il me semble que le monde entier fonctionne comme cela depuis la nuit des temps...et que si on n'avait
pas des dirigeants belliqueux, on aurait la paix sur la terre en vivant tous de cette façon!

gevaudan 13/01/2014 15:09


je croyais la france un pays libre d'opinions,tant qu'ils n'on rien fait ou est le probleme ,je connais des villages dans le sud ou le centre ou l'extreme gauche a fait pareil ces villages ne
s'en son jamais remis,c'est legal alors tant mieux si non c'est a la justice de trancher ,de quel droit des gens des pseudos associations s'errigent elles en gardien/ne d'une soit disant morale
et pire d'une pensée qui deviend part trop unique .il s'instale en france une dictature pire qu'une dictature declarée c'est la dictature que l'on s'impose

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