Le temps de l'éveil...se préparer pour les 13 cieux

Le Calendrier Sacré des Mayas

de Bertrand Lepont

 

 

 

  Le papillon galactique

 


1. Le temps de l'éveil

 

Nous avons jusqu'ici centré délibérément notre étude sur le Tzolkin maya de 260 jours, en précisant cependant qu'il n'était que l'un des nombreux calendriers mis au point par les Mayas. Parmi ces différents systèmes, le calendrier solaire de 365 jours, appelé Haab, qui, combiné avec le calendrier sacré de 260 jours, détermine un cycle d'environ 52 années solaires, au terme desquelles apparaît en conséquence la même date du calendrier lunaire associée à la même date du calendrier solaire (Haab). Ce cycle de 52 années est parfois appelé « roue du calendrier ».

 

 

Il existe aussi l'impressionnant système de comptage du temps, Cuenta larga (compte long), qui sert à registrer entre autres la succession de cycles temporels de 13 baktuns (13 x 144 000 jours ; environ 5 125 années solaires), encore appelés « âge du soleil », pouvant être, selon John Major Jenkins , en relation avec le phénomène dit de précession des équinoxes. Selon lui :

Il devient clair à présent que le mystère des âges est résolu dans le phénomène astronomique de précession des équinoxes. Le phénomène de précession change notre relation à la Voie lactée, notre galaxie, et nous ramène finalement au point de départ. [...] Les astronomes modernes estiment le cycle complet de précession entre 25.600 et 26.000 ans. L'estimation maya de ce cycle, si nous assumons le fait que cinq grands cycles de 13 baktuns (65 baktuns) représentent un cycle de précession complet, est de 25.626 années.

Précisons à présent que les dates registrées dans le système dit de Cuenta larga sont toujours déterminées en ajoutant un nombre variable de jours depuis la date initiale (le 1er jour) du cycle de 13 baktuns en cours – le jour 13.0.0.0.0. (4-Ajpu dans le Tzolkin) est le huitième jour du mois Cumlau dans le calendrier solaire Haab; un jour précis de l'année 3.113 av. J.-C., en ce qui concerne le cycle annuel. Par conséquent, et puisque 13 baktuns représentent environ 5.125 années solaires, nous observons d'ores et déjà que l'âge du soleil actuel (le cycle de 13 baktuns en cours) s'achèvera en 2012.

[...]

Intéressons-nous maintenant à la signification donnée par les Mayas à l'entrée, à présent imminente, dans un Nouvel Âge du soleil, au travers des paroles du représentant des compteurs des jours mayas don Alejandro Cirilo Perez Oxlaj  :

Mais les prophètes disaient que les neuf enfers prendraient fin entre les Kin 1.863.022 et 1.863.023 du compte long, entre les jours que vous nommez 16 et 17 août 1987, et que le temps de l'avertissement viendrait et qu'il serait temps alors de se préparer pour les treize cieux. Les treize cieux commenceront après le coucher du soleil le 21 décembre de l'année 2012. Dans le calendrier de notre compte long, le jour suivant s'écrit 13.0.0.0.0. Ce jour représente une nouvelle forme de compréhension dans notre calendrier sacré, une nouvelle forme de gouvernement, une nouvelle façon de se comprendre les uns les autres, de sorte que, sur cette terre, nous ne nous regardions plus avec indifférence et nous ne nous maltraiterions plus. Cette date marque le début des treize cieux. C'est la date où commencera le nouveau monde. Ce sera le début d'une nouvelle période de 13 baktuns. C'est ce qui est écrit dans le livre de Chilam Balam. [...]
La prophétie dit que les anciens reviendront. La prophétie dit que le temps de l'éveil est venu. C'est votre rôle à présent d'éveiller. La vallée des neuf enfers est passée et le temps de l'avertissement est arrivé. Le moment est venu de nous préparer pour l'âge des treize cieux; et pour cela les ancêtres seront parmi vous, pour défendre la terre Mère. La prophétie dit : « Laissez venir l'aube. Laissez tous les hommes et toutes les créatures connaître la paix, laissez toutes choses vivre dans le bonheur. » Car l'amour ne doit pas exister seulement entre les humains, mais entre tous les êtres vivants. Ils ont dit : « Nous sommes les enfants du soleil, nous sommes les enfants du temps et nous sommes les voyageurs de l'espace. Puissent tous les chants s'éveiller, puissent tous les danseurs s'éveiller. Puissent tous les hommes et toutes les choses vivre en paix. Car vous êtes les vallées, vous êtes les montagnes, vous êtes les arbres et vous êtes l'air même que vous respirez. » Ce sont les mots de nos grands-pères et de nos grands-mères, les voyageurs du temps, nos ancêtres venus des étoiles : « Nous sommes tous un. » Nous mangeons des aliments blancs, des aliments jaunes, des aliments noirs parce que ce sont là toutes les couleurs de nos mères et de nos pères dans les cieux. Nous sommes tous un comme les couleurs de l'arc-en-ciel. Nous sommes tous nourris par l'air, nourris par la pluie, nourris par le Grand-Père soleil. Les hommes, les animaux, les oiseaux et les arbres, nous sommes tous un. Le temps du retour est venu pour les grands-mères et les grands-pères. Le temps du retour est venu pour les anciens. Le temps du retour est venu pour les sages. Et vous tous, vous êtes les sages. Le temps est venu d'aller dans le monde et de répandre la lumière. La flamme sacrée a été conservée à cette fin et le moment approche où vous serez appelés à aimer toutes choses, à aimer un monde devenu fou, à rééquilibrer le ciel et la terre. Car le temps de l'avertissement est venu et les guerriers de l'arc-en-ciel commencent à naître. La vallée de larmes, les neuf enfers, sont derrière nous et il est temps de nous préparer pour les treize cieux. Les ancêtres sont de retour, mes frères et soeurs, et nous n'avons pas beaucoup de temps. Le moment est venu où les prophéties vont s'accomplir. [...]
Mais aujourd'hui, le calendrier dit que notre savoir doit être partagé avec le monde, car le temps de l'avertissement est arrivé. Il est écrit dans le calendrier que maintenant le monde nous écoutera, que maintenant le monde entendra battre le coeur de la terre Mère. Nous devons respecter notre créateur et nous devons nous aimer nous-mêmes. Nous devons apprécier notre Mère la terre, nos frères et nos soeurs les animaux, nos aînés les arbres, et ne pas polluer nos rivières, nos lacs et nos océans afin que cette planète puisse être peuplée encore et que nous puissions à nouveau respirer. Nous ne devons pas nous rendre propriétaires de ce palais, nous ne devons pas nous rendre propriétaires de cette terre, parce qu'elle n'a pas à nous appartenir. C'est notre Mère, et nous sommes tous frères et soeurs, les roches, les plantes, les animaux, le vent et la pluie. Nous ne devons pas être séparés, parce que nous ne sommes qu'un. Nous sommes tous des êtres vivants et nous sommes tous issus d'une même conscience. Écoutez votre coeur. La terre Mère vous appelle. Elle appelle chacun de nous par l'intermédiaire des crânes. Elle appelle chacun de nous à la guérir et donc à nous guérir nous-mêmes. Il est temps maintenant de commencer à écouter la terre Mère et de changer notre manière de penser, notre manière de vivre et notre manière d'être avant qu'il ne soit trop tard. Nous avons besoin de l'aide de tous les peuples, de toutes les cultures, de toutes les religions et de toutes les nations. Nous devons cesser de tuer nos frères et nos soeurs sur cette planète avant qu'il ne soit trop tard. Si nous continuons ainsi, le cycle de temps actuel s'achèvera purement et simplement. Le soir tombera en 2012 et une nouvelle aube ne se lèvera pas. Parce que si la terre Mère doit mourir, c'est la mort pour nous tous. Rien dans ce monde, rien dans cet univers n'est éternel. Chaque chose a son propre temps. Une vie humaine a son temps. Nous autres, individus humains, ne vivons pas plus longtemps. À un moment ou à un autre, nous devons tous mourir. Il en va de même pour les civilisations. Elles croissent à partir de presque rien, elles mûrissent, s'épanouissent et puis elles doivent toujours mourir. Vous voyez les restes de ces civilisations partout sur la terre. Partout où vous regardez, vous voyez leurs squelettes. [...] Nous n'avons que le temps qui nous est dévolu. « C'est la loi divine et naturelle . »

J'ai eu l'occasion de rencontrer don Alejandro Cirilo Perez Oxlaj, et j'en ai profité pour lui demander si les paroles qui viennent d'être citées étaient bien les siennes, mais il nia avoir jamais affirmé que la date du 21 décembre 2012 serait, de manière certaine, la date d'entrée dans le Nouvel Âge du soleil; ils se contenta d'assurer que cette entrée aurait lieu en 2012, en 2013 au plus tard. Il me confia également que certains anciens Mayas annonçaient, eux, à la date précise du passage au nouveau cycle de 13 baktuns, une période d'obscurité sur terre d'environ 60 heures, au terme de laquelle le soleil réapparaîtrait à nouveau dans la course de son Nouvel Âge ; information qu'il m'avoua humblement ne pas être en mesure d'affirmer ou d'infirmer.

 

Que le nouveau cycle débute en 2012 ou en 2013 et que la face du soleil se voile ou non, l'entrée dans le Nouvel Âge est de toute façon imminente, et appelle l'humanité à un grand changement dans sa manière de percevoir et de traiter la nature sacrée qui l'entoure et lui donne la vie. Selon les paroles de don Alejandro Cirilo Perez Oxlaj, l'humanité est en train de vivre le temps de l'avertissement, auquel il est à présent bien difficile de demeurer indifférent.

 

Sous nos actions destructrices et en raison de notre inconscience, en effet, nos frères et soeurs animaux s'éteignent prématurément. Nous n'opposons à cette horreur qu'une vague indifférence, nous persuadant, à tort, que ces disparitions sont inévitables. Entre frères humains, nous n'agissons pas différemment : nous nous exploitons mutuellement en pensant naïvement que le malheur de nos frères et soeurs ne nous atteindra pas. Comment celui qui s'acharne à empoisonner l'eau qu'il boit espère-t-il survivre ? En niant les évidences du temps de l'avertissement; en continuant de nier la nécessité aujourd'hui impérieuse de transformer nos façons de penser et d'agir.

 

Face aux multitudes de constats accablants, nous n'avons plus qu'une solution : rêver notre histoire d'amour avec notre Mère la terre, et engager notre être entier à accomplir ce rêve en harmonie avec le grand esprit de l'univers et toutes les nations de la nature sacrée. Alors, et alors seulement, comme des enfants émerveillés, nous nous rendrons compte à nouveau que la terre Mère et l'univers offrent sans cesse à leurs enfants bien plus qu'ils n'ont su rêver jusqu'alors...

* * *
 

2. Le sacrifice de l'homme univers

Les limites de l'humanité maya sont la vie et la mort, mais l'équilibre entre ces deux forces est la conscience créative. Conscience qui transforme le monde et se transforme elle-même. Quand l'équilibre se perd, l'humanité se détruit. Nous ne sommes pas polythéistes, car nous croyons dans le coeur du ciel, coeur de la terre comme le bien qui exprime l'harmonie cosmique et le mouvement parfait. Notre monothéisme est fondé sur le principe de « la pluralité à l'intérieur de l'unité », de telle manière que chaque manifestation de la nature est une partie intégrante d'un tout .

Revenons sur le symbole du cercle avec une croix à l'intérieur. Le cercle représente l'univers et l'unité de tout ce qui existe dans la création. On peut voir dans la croix un trait vertical, le feu, lumière de l'expression qui apparaît, et un trait horizontal, l'eau, expression parfaite de la potentialité de la force de vie avant qu'elle ne se matérialise.

Inscrite dans un cercle, la croix centrale délimite au bord du cercle les quatre coins du carré : l'unité quaternaire sur laquelle s'appuie l'univers ainsi que les quatre points cardinaux ; le point central représente la synthèse, à l'intersection de l'action complémentaire des deux forces agissant dans l'univers, et l'unité de tout ce qui existe dans l'univers.

Comme nous l'avons observé avec le nawal Toj, la mission des quatre ancêtres primordiaux, dans le Pop Wuj, fut de soumettre les tribus au dieu Tojil. Or, dans le récit, Tojil n'accepte d'offrir le feu aux hommes qu'en échange du sacrifice de leur coeur :

Très bien, qu'elles s'unissent à moi par l'aisselle et par le flanc. Si leur coeur y consent, qu'elles me prennent pour leur protecteur, moi, Tojil. Si elles refusent, alors dites-leur qu'elles n'auront pas le feu. Dites-leur aussi que cette union se fera avec le temps.

Le centre de la croix, qui est aussi le centre du cercle et du carré, est le coeur des hommes réclamé en sacrifice par Tojil. Ce centre est le coeur de l'homme, et le coeur de l'univers. Aussi, offrir son coeur en sacrifice à Tojil signifie reconnaître l'énergie du coeur du ciel, coeur de la terre en nous-mêmes et dans ce qui nous entoure, et choisir d'agir avec elle. Le symbolisme du coeur est ici fondamental. Tojil réclame le coeur de l'homme, car le coeur est le centre véritable de son être. De ce point central partent quatre chemins, en direction des quatre points cardinaux, des quatre coins de l'univers. Visualisez ces quatre chemins avec l'oeil de votre esprit : vous êtes libre de les parcourir en compagnie de votre nawal, qui vous guidera dans l'accomplissement de votre destin, dans cette dimension et dans les autres, à travers les territoires infinis de l'esprit.

 

Cher lecteur, mon frère le seigneur à la sarbacane, adorateur de l'aurore et des premiers rayons du soleil, rappelle-toi que tu es aussi un jaguar, la nuit. Aussi, n'oublie jamais d'aimer et de soigner notre Mère la terre, et nos frères les arbres et les animaux...   NP-le-nouveau-paradigme-copie-1