Le voyage extraordinaire de Gopa Koumar

Introduction

  

  

  

Le texte qui suit est un chapitre du « Brihad-Bhagavatamrita », livre écrit il y a environ 500 ans en sanscrit par un éminent sage réalisé, Sanatane Gosvami. Ce livre décrit le parcours du héros Gopa Koumar dans les différents atmosphères de l’univers, à la recherche de la relation la plus intime qui soit avec l’Être Primordial. Comme tous les textes sacrés de l’Inde, il a été rédigé sous l’inspiration d’une réalisation divine. Les mantras donnés dans les Védas par exemple, n’ont jamais été créés par les sages, les rishis ; ces derniers les ont entendus dans leur méditation. Sanatane Gosvami était disciple direct de Shri Chaitanya, dernière manifestation en date de Krishna sur terre apparue au Bengale. L’identité de Shri Chaitanya et de Krishna fut annoncée bien avant Son apparition sur terre, à plusieurs reprises, dans les textes sacrés. C’est à Shri Chaitanya que l’on doit de savoir qu’en notre âge, le meilleur moyen d’accéder à la plus haute réalisation de Dieu, consiste à chanter Ses noms, quelque soit la tradition spirituelle à laquelle on appartient. À l’attention de ceux qui suivent la tradition des Védas, Il a recommandé le chant du grand mantra maha-mantra – qui s’énonce ainsi : « Haré Krishna, Haré Krishna, Krishna Krishna , Haré Haré, Haré Rama, Haré Rama, Rama Rama, Haré Haré ». « « Haré », vocatif de « Hara » est la Déesse-personnification de la félicité spirituelle, « Krishna » signifie « l’Infiniment fascinant » et « Rama » « Celui qui donne plaisir au cœur ». Ainsi, ce mantra invoque la présence du Couple Primordial.

Les noms sanscrits en italique sont immédiatement précédés de leur signification en français. L’Être Primordial est qualifié par de nombreux noms qui font référence aux divers aspects de Sa personne.

 

  

  

  

  

Le voyage extraordinaire

de Gopa Koumar

 

 

  

Me souvenant de l’ordre de l’Être Suprême, je commençai à parcourir Vrindavane à la recherche de mon maître spirituel. Je le trouvai finalement dans un bosquet où il s’était évanoui sous l’effet de l’amour divin. Après maints efforts, je réussis à le ramener à la conscience et me prosternai à ses pieds pour lui signifier mon hommage.

 

Puis il m’étreignit, comprenant le désir qui habitait mon cœur. Une fois tous deux baignés dans la rivière Yamouna, il m’enseigna les règles inhérentes à la méditation sur le mantra qu’il m’avait donné antérieurement. Il me donna certaines instructions de sa bouche, d’autres par de simples indications, puis il me dit « Tu m’est très cher, je vais donc te donner toute la richesse qui est en ma possession.

 

Par le pouvoir de la récitation de ce mantra, tous les secrets te seront automatiquement révélés. Fou de joie, je tombai à ses pieds, mais lorsque je me relevai, il avait disparu. Sa séparation m’attrista sévèrement, mais après m’être recomposé, je commençai à réciter le mantra avec respect, de la manière qu’il m’avait enseignée. Après un certain temps, je sentis mon corps changer de nature ; il n’était plus composé des éléments matériels, mais transcendantal. Je fus projeté dans l’espace et, une fois traversé le disque solaire, je les quatorze mondes. Je vis que toutes les planètes étaient contaminées par de nombreux défauts et que ne s’y trouvaient que des ombres de bonheur, telles les illusions qui se produisent en rêve. Voyageant à la vitesse du mental, je dépassai en un instant toutes les planètes qu’auparavant j’avais mis des âges à atteindre.

  

Gopa Kumara Returns to Krishna J’atteignis les couches des éléments matériels qui entourent l’univers, où le bonheur et l’opulence sont des millions de fois supérieurs à ceux de Brahmaloka, la planète de Brahma, le créateur de l’univers. Les yogis qui atteignent la libération par étapes successives se rendent là afin de jouir de ces lieux de plaisirs matériels subtils. Ils se rendent successivement de l’une de ces couches d’éléments matériels à l’autre et y jouissent des plaisirs extraordinaires qui y sont possibles, chacun selon ses désirs, avant de passer à la couche suivante.

 

J’arrivai tout d’abord au sein de la couche de l’élément terre où je vis Prithivi dévi, la déesse de la terre qui possède les opulences de cette atmosphère ; elle était en train d’adorer Varaha, Vishnou sous la forme du Sanglier divin, de Lui non différent, avec des accessoires divins que l’on ne trouve nulle part dans le monde matériel. Je vis comment l’univers matériel tout entier était là, à l’état non manifesté. En la déesse de la terre qui incarne le principe causal, je vis le principe actif manifesté, c’est ainsi que je vis tous les ingrédients de l’univers manifestés.

Une fois Son adoration de l’Être primordial sous la forme du Sanglier divin terminée, elle m’accueillit cordialement et m’invita à rester là quelque temps afin de jouir des plaisirs inhérents à cette atmosphère. Mais soudain, je sentis quelque chose qui me tirait vers le haut et, avec la permission de Prithivi dévi, je traversai cette couche de matière ainsi que les six suivantes.

 

Je vis, au sein de ces couches d’eau, de feu, d’air, d’éther, d’ego matériel et de mahat-tattva – l’énergie matérielle indifférenciée -  les personnifications de ces éléments qui adoraient leurs Seigneurs respectifs sous la forme de l’avatar Poisson, le Soleil, Pradyoumna, Aniroudha, Sankarshane et Vasoudéve, les quatre premières émanations de Vishnou dans le monde spirituel. Chaque couche est à l’origine de celle qui la précède. La couche d’eau par exemple est à l’origine de celle de la terre. Les couches successives manifestent des opulences de plus en plus merveilleuses – les objets d’adoration, les adorateurs, le plaisir, les gloires. Je traversai ainsi chaque couche de la même manière que j’avais traversé celle de terre jusqu’à ce que j’atteigne la couche de la nature matérielle, dont la couleur sombre enchante les yeux et le cœur. Ce bleu foncé est similaire à la couleur de Krishna, mon Seigneur adoré, c’est pourquoi je fus submergé de joie et ne voulus pas aller plus loin.

 

Une fois l’adoration de Son Seigneur accomplie, Shri Prakriti dévi, la déesse de la nature matérielle à la beauté iindicible m’approcha et mit à ma disposition les huit pouvoirs surnaturels* et, tout comme les divinités des couches d’éléments matériels l’avait fait, elle m’implora de rester là et de jouir des plaisirs inhérents à cette atmosphère. Puis elle me dit affectueusement : « Si tu désires la libération, il te faudra me donner satisfaction car c’est moi qui en garde la porte. » Mais si tu désires, la bhakti - l’amour et la dévotion pour l’Être Suprême - alors, il te faut aussi Me servir car je suis Sa servante, Sa sœur, Son énergie et celle qui donne la bhakti. » Je n’acceptai pas les cadeaux que m’offrait Prakriti dévi, mais sachant qu’Elle est l’énergie de Vishnou, je Lui offris mon hommage et me mis à parcourir pour l’admirer cette couche d’énergie matérielle dont la couleur est merveilleuse. J’y vis des êtres dont les corps sont constitués de matière primordiale indifférenciée. Cette énergie matérielle indifférenciée, en plus de son charme, est lumineuse et manifeste une variété d’opulences bien plus extraordinaires que toute cause et effet, subtil ou dense.

  

Ensuite, par le désir de l’Être primordial, je traversai cette immense obscurité de l’ignorance si difficile à traverser, puis vis une lumière aveuglante d’une vastitude infinie qui me fit trembler de peur et fermer les yeux. Lorsque, prudemment et difficilement, je les ouvris à nouveau, je vis l’Être Suprême dont la radiance était semblable à celle de millions de soleils. Accroissant la félicité des yeux et du cœur, paré d’ornements merveilleux et doté de toutes les qualités de la sainteté, Il Se révélait dans sa forme la plus stupéfiante de la Vérité Absolue, Parabrahman. Situé au-delà de l’influence de l’énergie matérielle, cet Être Suprême infaillible possède toutes les vertus, et, Sa forme ravit le cœur de tous. Infaillible, Il n’a aucune relation avec l’énergie matérielle bien qu’Il Se livre à des divertissements en tant que Divinité qui la prédomine. Submergé par l’émerveillement, la crainte et l’extase, je ne savais que faire. Il ne Se manifeste qu’à Son gré, et bien qu’Il soit situé au-delà de la perception des sens matériels, je pus Le voir directement.

 

Je ne savais pas si je Le voyais de mes yeux, par mon mental, ou directement à travers mon âme. Lorsqu’un moment, je Le vis dénué de forme personnelle, mais seulement comme cette intense effulgence si vaste, en mon cœur, je ressentis une douleur. Je me souvins alors de la grâce de Jagannath, forme du Seigneur de l’univers qui réside dans la ville de Pouri, sur terre, en Inde, et l’instant d’après, submergé de joie, je vis à nouveau Son immense forme infiniment effulgente. Lorsque parfois je commençais à me fondre en cette lumière, j’étais sauvé par les rayons émanant des ongles de Ses pieds pareils au lotus. Lorsque à d’autres moments, je Le voyais entouré d’âmes parfaites dans leurs formes spirituelles à la fois identiques à et différentes de la Sienne, tel le soleil de toute part entouré par les infimes particules de ses rayons, un ravissement s’emparait de moi. C’est ainsi que je fus submergé par une divine félicité; je devins semblable à ceux qui sont satisfaits en leur âme et dont aucun désir ne reste insatisfait. Usant de divers aspects de la logique, j’arrivai à la conclusion que ce lieu était la destination suprême et constituait le summum bonum de la perfection spirituelle. J’étais submergé par les vagues de l’extase naturelle de ce royaume ; toute connaissance que j’avais acquise auparavant disparut presque complètement, ne laissant qu’un objet unique, le Maître Suprême, Paramishvara.

 

Grâce aux instructions de mon maître spirituel et au pouvoir du chant du mantra, mon ardent désir de voir mon Seigneur dans Sa forme originelle de Krishna ne me quitta jamais. Et de pouvoir contempler si longtemps l’Être Primordial dans Sa forme si radieuse intensifia encore plus ce désir de Le voir dans Sa forme de Krishna que je chérissais ; avec puissance, son souvenir s’empara de moi. C’est alors que la satisfaction de voir la forme de la Divinité qui préside à la libération, Parameshvara, diminua ; de plus la nature de l’atmosphère dans laquelle Elle baignait me faisait craindre la dissolution de mon identité en Elle.

 

Ensuite, alors que je pensais me rendre à Vraja-Bhoumi, la demeure transcendantale de Krishna sur terre, pour m’adonner à la pratique qui me permettrait d’obtenir la satisfaction de mon désir, j’entendis soudain une musique merveilleuse et des chants. Cette musique m’enchanta et je regardai dans toutes les directions pour voir de qui elle émanait ; c’est alors que je vis une personnalité extraordinaire qui, montée sur un taureau, descendait d’un monde supérieur. La fascinante carnation de cette personnalité à la forme céleste évoquait le camphre, trois yeux ornaient son visage. Il était nu et sur son front, une demi-lune. Il portait un trident ; dans ses cheveux en longues mèches coulait le Gange, son corps était enduit de cendre et autour du cou, Il portait une délicate guirlande d’os. Merveilleusement parée, la déesse Gauri à la carnation dorée était assise sur Ses genoux ; autour d’Eux, des serviteurs parfaitement en phase avec Celui qui montait le taureau, leurs gestes étaient enchanteurs. La vue de cette scène me transporta d’émerveillement. Je me demandai qui était ce personnage entouré de Ses compagnons et à l’allure d’un grand hédoniste. De Le voir, je fus stupéfait et empli de joie ; je me prosternai devant Lui et tout Son entourage, c’est alors qu’Il lança vers moi Son regard plein de grâce. Puis, le cœur joyeux, j’approchai l’aîné de Ses compagnons, Shri Nandishvare et lui demandai qui était cette grande personnalité. Il rit et me répondit « O bouvier qui n’adore que Krishna, tu ne reconnais donc pas le Seigneur Shiva, le Maître de l’univers ?

 

  C’est Lui qui donne aussi bien les plaisirs matériels que la libération, c’est Lui aussi qui accroît, par Ses bénédictions, l’amour et la dévotion pour l’Être Primordial. Même les âmes libérées L’adorent et Il est très cher aux adorateurs de Krishna. Attiré par l’adoration de son ami Kuvéra, le gardien des richesses des demi-dieux, Il a quitté Sa planète et accompagné de Parvati Sa bien-aimée – Gauri, Celle dont carnation est dorée –, Il Se rend à Kailash, dans les Himalayas, sur la terre. » Ces paroles réjouirent mon cœur au-delà de ce qu’il est possible d’exprimer et je désirai obtenir une grâce spéciale émanant du cœur du Seigneur Shiva. Percevant cela, Shiva, de Ses yeux, fit signe à Nandishvare qui alors m’instruisit et me permit de comprendre facilement que Shiva n’est pas différent de Krishna, et qu’Il intensifie la dévotion que vouent, à Krishna, Ses adorateurs. Puis, dans l’allégresse, je me joignis à Ses compagnons qui tous me charmaient.

 

Ensuite, Shri Nandishvare se mit à me décrire les qualités extraordinaires de Shiva : « Dans une de Ses formes, Shri Shiva réside toujours sur Sa planète située au-delà du royaume de la libération, dans la lumière spirituelle ; là Ses purs dévots bien-aimés peuvent toujours Le voir. Shri Shiva réjouit toujours le cœur de Ses dévots en dansant et en chantant les Noms et les gloires de l’Être Primordial de Qui Il n’est pas différent. Bien qu’Il soit le Seigneur de l’univers, tel un simple serviteur, Il adore avec amour Shri Shésha, le serpent divin, une des innombrables formes de l’Être Suprême. Bien que satisfait d’entendre que la planète de Shiva était située au-delà de tous les mondes manifestés, je sentais, en mon cœur, une certaine insatisfaction. Auparavant, je ne pouvais en discerner la cause , mais par la grâce de mon maître spirituel et le pouvoir du mantra que je continuais de chanter, je compris rapidement que je souffrais du fait de ne pas expérimenter les gloires et les divertissements de Krishna. Je dis alors à mon mental que c’est Shiva Lui-même qui assume la forme particulière de Shri Krishna. Constatant que cela ne satisfaisait pas mon mental, je lui dis : « O mental, bien qu’avec Shiva tu ne puisses faire l’expérience des divertissements si doux de Krishna, bientôt, par Sa grâce, tous les désirs que tu nourris depuis si longtemps seront comblés. » C’est ainsi que je donnai satisfaction à mon mental. Le Seigneur Shiva restait là et je pus donc avec bonheur rester auprès de Lui quelque temps.

 

 

Puis j’entendis, à quelque distance, le son extrêmement doux de chants accompagnés d’instruments de musique qui émanait de grandes âmes. Les entendant aussi, le Seigneur Shiva Se trouva plongé dans un océan de félicité, manifestant sur Son corps tous les symptômes d’amour extatique ; et Il Se mit à danser. Shri Parvati, le joyau d’entre les femmes chastes, avec l’aide de Shri Nandishvare et d’autres, appuya Son maître par son chant accompagné d’instruments de musique.

 

C’est alors que je vis ces grandes âmes arriver ; elles étaient dotées de quatre bras et leur jeunesse était toute de beauté et de douceur. L’éclat de leurs membres parés de magnifiques vêtements et bijoux éclipsait la lumière des corps des compagnons de Shiva. Chantant les gloires de leur Seigneur, l’Être Suprême, ils étaient immergés dans un océan de félicité transcendantale. Les mots ne peuvent décrire adéquatement leurs formes enchanteresses. Les fils de Brahma le créateur, les quatre Koumaras, ces grands sages aux corps d’enfant que j’avais vus précédemment sur la planète des ascètes émérites, étaient là, eux aussi. À leur vue, mon mental fut pris d’un ravissement sans nom et attiré vers eux. Fasciné, j’oubliai tout ce qui m’était cher. Une fois recomposé, timide et craintif, je pensai n’être pas même qualifié ne serait-ce que pour désirer les servir. Puis je fus pris de tourment, me demandant si, par la grâce de Shiva, ils allaient m’adresser la parole. « D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Poseront-ils sur moi leur regard plein de grâce ? » Telles étaient les questions qui traversaient mon mental. Par quel charme merveilleux je pensai ainsi, je ne le sais. Le Seigneur Shiva Lui-même S’évanouit sous l’effet de l’amour divin lorsqu’Il les étreignit. Puis Shri Parvati, qui, avec une fidélité absolue, se plie aux moindres mouvements du cœur de Shri Shiva, saisit mes pensées ; Elle demanda à Ganesh – le fils de Shiva à la tête d’éléphant - de me parler à voix basse afin que les compagnons de Shiva ne puissent entendre.

 

 

Ganesh me dit ceci : « Ces grandes âmes sont des compagnons éternels de Shri Krishna, le maître du monde spirituel. Ils ont obtenu la libération et sont dotés de la même forme que Lui, ils viennent du monde spirituel. Regarde, certains se dirigent vers l’univers créé par le Brahma à quatre têtes, d’autres vers l’univers du Brahma à huit têtes, dont la taille est deux fois plus grande que celle du Brahma à quatre têtes, d’autres se dirigent vers l’univers du Brahma à seize têtes, dont l’univers est deux fois plus grand que celui du Brahma à huit têtes. Il y a même des Brahmas qui ont des millions de têtes et la taille de leur univers est proportionnelle à leur nombre de têtes.

 

Ces compagnons du Seigneur, à volonté, se rendent dans différents univers. Ils voyagent librement afin de protéger ceux qui ont, même une seule fois prononcé ou entendu ne serait-ce qu’un pâle reflet** du Nom du Seigneur et qui, au moment du trépas pourraient être pris par la peur ; ils les assistent à ce moment crucial et leur confèrent même l’amour et la dévotion pour le Seigneur.

Ils peuvent voyager où bon leur semble car leur unique centre d’intérêt est l’amour et la dévotion pour le Seigneur. Regarde, ces enfants sont des grandes personnalités qui ont choisi de rester dans des corps d’enfants, ils sont les fils de Brahma, les quatre Koumaras ; ils sont en réalité des manifestations du Seigneur qui prend ainsi la forme de dévots ; eux-aussi voyagent librement de par les mondes, afin de bénir leurs habitants. Le maître de la planète des ascètes émérites – Shriman Narayane – ne réside pas toujours là, ces ascètes se sentent alors comme des orphelins, c’est pourquoi les quatre Koumaras y résident afin de leur apporter de la joie. Ils arrivent aussi du monde spirituel où ils ont rencontré le Seigneur, ce qui explique leur félicité débordante ; il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’ils considèrent le bonheur de la libération comme insignifiant. Ils viennent juste de boire la liqueur enivrante de la dévotion pour le Seigneur en compagnie d’autres dévots. Comment pourrais-je glorifier de façon adéquate le monde spirituel où le bonheur est éternel, infini et suprême, où l’opulence est à son sommet et qui est embelli par les divertissements du Seigneur de la Déesse de la fortune, Lakshminath. Grâce à leur amour divin, ces dévots exaltés atteignent facilement le monde spirituel, mais pour ceux qui désirent la libération, il est très difficile à atteindre à cause de la contamination de leur âme par le désir déplorable de se fondre en le Seigneur ou en Sa radiance. Lorsque mon père Shivaji te montrera Sa grâce, tu pourras prendre connaissance des gloires du monde spirituel, tu pourras aussi t’y rendre et en faire l’expérience. »

 

Ces paroles de Ganesh éveillèrent en moi un intense désir de me rendre dans le monde spirituel et je commençai à danser sur les vagues de l’océan sans fin de l’anxiété. Néanmoins, après mûre réflexion, j’en arrivai à la conclusion que je n’étais pas qualifié pour cela. Pris d’angoisse, je me mis à pleurer et m’évanouis. Puis, c’est Shiva en personne qui, dans Sa grande miséricorde, me sortit de mon inconscience, me releva et me consola en disant : « O éminent dévot de Krishna, tu désires résider dans le monde spirituel, sache que Parvati et Moi-même sommes animés du même désir. Ce royaume est très difficile à atteindre ; même les âmes libérées prient afin d’y accéder. Brahma le créateur et Moi-même aspirons à y être admis. Mais tu es certes qualifié pour t’y rendre car tu es le fils d’un bouvier du royaume de Krishna sur terre, toi même dévot de Krishna, disciple d’un brahmane*** cher à Krishna et tu chantes ton mantra avec beaucoup d’assiduité et de sincérité. Nous sommes ici dans l’atmosphère propre à la dissolution dans la lumière divine. Ce lieu est la destination des ascètes renonçants qui sont absorbés dans le monisme – où tout est un - , dont le cœur a été desséché par les flammes de la souffrance de l’existence matérielle et qui, ne sachant distinguer ce qui est précieux de ce qui est sans valeur, accepte ce qui est sans valeur. Ceux qui savent goûter les saveurs spirituelles, qui sont maîtres dans l’art de goûter la félicité de l’adoration de l’Être Suprême, ceux-là rejettent la libération par l’illusion de la dissolution dans la lumière divine. Tu sais toi aussi que celle-ci est un danger pour l’obtention de l’objet de ton désir et que, de ce fait, elle n’est pas désirable. Même ici, tu as vu une forme de l’Être Suprême, celle qui est à l’origine de la lumière divine, par la grâce de ton maître spirituel si exalté et de ton ardent désir. »

 

D’avoir reçu la grâce de Shiva, mon cœur débordait de joie. J’aurais voulu Lui poser des questions, mais la timidité m’en empêcha. Les compagnons éternels du Seigneur avaient aussi entendu ce qu’avait dit Shiva et ils Lui offrirent leur hommage respectueux ; puis, avec beaucoup d’humilité, ils Lui dirent :  « O Seigneur Shiva, Tu n’es pas différent de l’Être Suprême qui règne dans le monde spirituel et Parvati n’est pas différente de Lakshmi, Sa reine, la déesse de la fortune. Vous êtes assurément qualifiés pour résider dans le monde spirituel car Vous êtes tous deux des plus intimes avec le Seigneur de ce monde là ; de plus, Vous êtes les manifestations les plus exaltées de ce Couple Primordial. Tu T’es présenté comme une âme déchue car se sentir ainsi est naturel au dévot bien-aimé du Seigneur. Comme Tu goûtes sans cesse le nectar de l’amour et de la dévotion pour le Seigneur, Tu es très cher aux dévots de Krishna et ils chantent Tes louanges. » Embarrassé par ce qu’Il venait d’entendre, Shiva ne prononça pas un mot. Puis les compagnons éternels du Seigneur m’étreignirent et me dirent : « O Gopa Koumar, tu adores le mantra très exalté que t’as donné ton maître spirituel et tu es très cher à Shiva, nous pouvons donc te compter parmi les dévots du Seigneur Krishna. Tu es né sur la terre sainte du Bengale, au bords du Gange et maintenant tu résides à Mathoura, qui fait partie de la demeure transcendantale de Krishna sur terre ; de plus, ton exalté maître spirituel, Jayanta, est une manifestation de Krishna. Comprend bien ceci : c’est pour toi que nous sommes venus ici ! Écoute bien ce que tu dois faire pour te rendre dans le monde spirituel : renonce à tout et pratique le service de dévotion aux neuf aspects****. Pour bien comprendre ce service de dévotion, écoute constamment les récits des divertissements du Seigneur dans Ses différentes formes, tels qu’ils sont donnés dans le plus exalté des Pouranas, le Shrimad-Bhagavatam et d’autres textes révélés. Les écouter avec amour te propulsera rapidement dans ce royaume.

 

Si tu désires voir rapidement le monde spirituel, rends toi de suite à Vraja-bhoumi, la demeure transcendantale de Krishna sur terre car celle-ci satisfait tous les désirs. Et là, pratique le service de dévotion pur, sans aucune motivation matérielle, qui consiste principalement à chanter les noms du Seigneur. Dès lors, tu atteindras rapidement l’amour divin extrêmement concentré qui te permettra d’entrer dans le monde spirituel et d’y voir Shri Krishna. D’entre les pratiques de la dévotion, le chant des noms de Krishna est suprême car il peut très vite octroyer le trésor ultime du pur amour pour Lui ; c’est pour cela que cette pratique est considérée comme la meilleure. Le bonheur que ressentent la langue et le cœur lorsque ces noms sont chantés de tout son cœur est incomparable – nul ne peut décrire adéquatement ses gloires incommensurables. Se manifestant à travers le sens de la parole, le nectar des noms de Krishna inonde les autres sens de leur douceur. Ces noms apparaissent sur la langue, et ils ravissent aussi bien celui qui les chante que ceux qui les entendent. Le chant en chœur des noms de Krishna est la meilleure et la plus puissante des méthodes pour atteindre le trésor de l’amour de Krishna car, tel un aimant suprêmement puissant, il attire Krishna à ceux qui s’y adonnent. C’est pourquoi ceux qui goûtent les saveurs spirituelles considèrent ce chant soit en chœur, soit solitaire, de tout son cœur, comme le fruit de la dévotion. Il ne faillit jamais ; toujours il octroie l’amour de Krishna.

 

 Ils considèrent aussi que ce chant est la manifestation même de l’amour de Krishna car, lorsque l’on s’y adonne de tout son cœur, Il apparaît automatiquement. Krishna est un océan de différentes saveurs spirituelles liées à Ses divertissements d’une variété infinie, et ce n’est que par Sa grâce que les différentes saveurs spirituelles du chant de Ses noms peuvent être goûtées ; elles ne peuvent l’être par des efforts dans le cadre d’une pratique dénuée d’amour. De plus, selon les désirs de ceux qui s’adonnent à ce chant, les effets karmiques de leurs actes répréhensibles passés sont effacés alors que ceux qui n’adorent pas L’être primordial doivent en souffrir l’intégralité. Par le pouvoir de cette compréhension, ton amour et ta dévotion surmonteront tous les obstacles qui se dresseront sur ton chemin. De plus, nous serons toujours là pour t’aider, en toutes circonstances. »

 

Ces instructions saturées de nectar émanant des éternels résidents du monde spirituel furent un ravissement pour les oreilles et mon cœur débordait de joie. J’offris mon hommage respectueux à ces merveilleuses personnalités ainsi qu’au Seigneur Shiva et à Shri Parvati. Immédiatement après, je me retrouvai à Vraja-bhoumi, la demeure transcendantale de Krishna sur terre. De quelle manière, cela reste un mystère !  

  

Notes :

 

* Les huit pouvoirs surnaturels ou yogiques sont : le pouvoir de se faire infiniment petit ; celui de devenir infiniment léger ; celui d’obtenir toute chose désirée ; celui d’accomplir toute merveille ; celui de devenir infiniment grand ; celui de créer ou détruire toute chose ; celui de dominer tout être ; celui de réaliser l’impossible. ( cit. du « Nectar de la dévotion » Éditions Bhaktivédanta ; 1981 )

 

** Reflet du saint Nom : les Noms de Dieu ne sont présents dans leur essence que lorsqu’Ils sont invoqués, chantés purement, avec amour. Si ce n’est pas le cas, seul leur reflet apparaît.

*** Les brahmanes sont ceux qui ont connaissance de l’Absolu, le Brahman. Leur fonction est d’offrir quotidiennement des oblations au feu sacré pour le bien de tous les êtres, d’enseigner le savoir spirituel, d’accomplir les rites sacrés lors des mariages et autres fonctions purificatrices, de mettre à la disposition du public leurs talents d’astrologue.

**** Les neuf aspects du service de dévotion : écouter, chanter et se rappeler les Noms et les gloires du Seigneur, servir Ses pieds pareils au lotus, L’adorer dans Ses formes présentes dans les temples, Lui offrir des prières, se rendre à Ses désirs, se lier d’amitié avec Lui et tout sacrifier pour Lui. ( cit. du « Nectar de la dévotion » )

 

 

La présente traduction a été réalisée à partir du « Brihad-Bhagavatamrita » publié en anglais par les éditions « Gaudiya Math  Publications » en 1958

 

Dominique Dehais

Envoyé par mail le 27 novembre 2011

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